vendredi 17 janvier 2014

SMS à une amazone



Chant I

Quintessence éternelle, carburant de printemps,
Le cathéter diffuse un liquide champêtre
Glissant à mes dépends, sournoisement peut-être
À travers le corps bleu de mes veines d’enfant
Teintées d’hiver.

Virginie pure et frêle, d’une parcelle azur
S’éloigne en roulant dans le gazon mouillé
Mais la colline est traître et des belles n’a cure ;
Elle la fait disparaître au fond d’un puits souillé
Par la fange.

Naïades tatouées du nom de leurs amants,
S’ébaubissent en chœur dans un bois monotone
Où la lune en croissant se reflète et fredonne
Au clair d’un long ruisseau, la sonate des temps.
Murmure de la nuit :

« Entre l’astre orangé et la feuille qui craque
Tu subiras bientôt une saison nouvelle,
Traversée par le souffle d’un feu perpétuel
Aux cendres égarées dans une fumée opaque,
Empourprée, sanguine. »

Un matricule au cœur, deux nymphes robotiques
Exhibent sur la plage, bikinis à la main
Et presque innocemment leurs seins blancs alcalins
Que lorgnent en passant les pantins diabétiques
Des épousailles déçues.

Aurore acidulée à l’aube magenta
Convoque au point du jour ses sbires furieux,
Chorégraphes des flots aux attraits fabuleux
Que l’homme seul émousse et anime à la fois.
Je coule à pic.




Chant II

Au-delà l’abyssale orangeraie corail,
Sous la trappe de sable empruntant une faille
Les vestiges atlantes éclipsent ma tristesse
Et je brasse et je bois à la tasse d’ivresse
Des murènes émaillées.

Puis soudain l’océan se déverse en torrent
Meurtrier dont le lit effréné me violente ;
La vie comme un geyser étouffé par le vent
Agonise à l’angle où ma dépouille ondoyante
Chemin faisant, se gâte.

Si ce corps harassé verdit au crépuscule,
Mon principe essentiel se redresse à demie,
Constate son état d’esprit sans véhicule
Et joint sans trop tarder l’invétéré génie
Qui porte la lumière.

Les boiseries funèbres inhumées sous la glèbe
Éreintent les lombrics avides de ma chair ;
Plus loin le galbe rond du vase cinéraire
Contenant en portion des résidus d’éphèbe
Orne mon cénotaphe.

Sur les réseaux sociaux, Perséphone endeuillée
Détaille mon destin à l’aide d’un folklore
Auquel elle associe la boite de Pandore,
L’habit d’or de Jason et les sorts de Circée
Multipliant ses tweets. 

Soutiens jusqu’à minuit mes bras camés et froids
Ô Bureau de métal où je lui téléphone !
Le poison de mes vers éveille Babylone
Où le grand Alexandre expire à chaque fois

Sous le regard zircon d’une adjointe Gorgone.






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