Chant I
Quintessence éternelle,
carburant de printemps,
Le cathéter diffuse un
liquide champêtre
Glissant à mes dépends,
sournoisement peut-être
À travers le corps bleu de
mes veines d’enfant
Teintées d’hiver.
Virginie pure et frêle, d’une
parcelle azur
S’éloigne en roulant dans le
gazon mouillé
Mais la colline est traître
et des belles n’a cure ;
Elle la fait disparaître au
fond d’un puits souillé
Par la fange.
Naïades tatouées du nom de
leurs amants,
S’ébaubissent en chœur dans
un bois monotone
Où la lune en croissant se
reflète et fredonne
Au clair d’un long ruisseau,
la sonate des temps.
Murmure de la nuit :
« Entre l’astre orangé
et la feuille qui craque
Tu subiras bientôt une
saison nouvelle,
Traversée par le souffle
d’un feu perpétuel
Aux cendres égarées dans une
fumée opaque,
Empourprée, sanguine. »
Un matricule au cœur, deux nymphes
robotiques
Exhibent sur la plage,
bikinis à la main
Et presque innocemment leurs
seins blancs alcalins
Que lorgnent en passant les pantins
diabétiques
Des épousailles déçues.
Aurore acidulée à l’aube
magenta
Convoque au point du jour ses
sbires furieux,
Chorégraphes des flots aux
attraits fabuleux
Que l’homme seul émousse et
anime à la fois.
Je coule à pic.
Chant II
Au-delà l’abyssale
orangeraie corail,
Sous la trappe de sable
empruntant une faille
Les vestiges atlantes
éclipsent ma tristesse
Et je brasse et je bois à la
tasse d’ivresse
Des murènes émaillées.
Puis soudain l’océan se
déverse en torrent
Meurtrier dont le lit
effréné me violente ;
La vie comme un geyser
étouffé par le vent
Agonise à l’angle où ma
dépouille ondoyante
Chemin faisant, se gâte.
Si ce corps harassé verdit
au crépuscule,
Mon principe essentiel se
redresse à demie,
Constate son état d’esprit
sans véhicule
Et joint sans trop tarder l’invétéré
génie
Qui porte la lumière.
Les boiseries funèbres inhumées
sous la glèbe
Éreintent les lombrics avides
de ma chair ;
Plus loin le galbe rond du
vase cinéraire
Contenant en portion des
résidus d’éphèbe
Orne mon cénotaphe.
Sur les réseaux sociaux,
Perséphone endeuillée
Détaille mon destin à l’aide
d’un folklore
Auquel elle associe la boite
de Pandore,
L’habit d’or de Jason et les
sorts de Circée
Multipliant ses tweets.
Soutiens jusqu’à minuit mes
bras camés et froids
Ô Bureau de métal où je lui
téléphone !
Le poison de mes vers
éveille Babylone
Où le grand Alexandre expire
à chaque fois
Sous le regard zircon d’une
adjointe Gorgone.

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