lundi 20 janvier 2014

Les valises sont des fêtes.

     
    Les cris espagnols de ma voisine se sont tus. Paris s’endort en fin d’après-midi.
   Aux bras des nuages gris de Payne se trainent des rayons éperdus qui voudraient tant te voir ici.
   Ton avion linéaire, traqué par une lune pleine, se shoote au kérosène, zen sur un gracieux ballet de masques à oxygène.
   La lumière est vile ce soir ; je voudrais dormir sur Seine, sous les lampadaires, sur les berges luxueuses, dans les draps de l’île St Louis. Mais pas sous la bise suffocante, pas avec les pantins du métro et surtout pas dans la solitude des foules de ma carte postale. Toutes ces fissures de l’ancien monde !
   Un ouragan de liberté a soufflé au jour de l’an. Je sens aujourd’hui ses ruines, telles le courant d’une nouvelle ère qui me pousse.
   Cette ville avilissante sent la mort. Trop d’éclairs y sont tombés. Sous les toits, mes mains électrisées parcourent des kilomètres de touches blanches et noires en espérant y trouver un semblant de lumière, un appui pour les aveugles ? Mais le soleil n’y entre même plus, chassé par les douanes superficielles d’une stratosphère malade. Le soleil est ailleurs, dans l’océan indien, comme la lumière. L’éternité a un goût amer quand on voit passer les heures, détachées, hautaines, détestables !
   Le décollage est imminent.

dimanche 19 janvier 2014

Renaître à demain. [Dialogue entre soi et moi.]





   Les fruits de la passion défendue sont mûrs et n’aspirent plus qu’à une chose : croquer à pleines dents le Sud d’Éden.

 
(Concerto for Flute and Harp in C major, K. 299: II. Andantino / W.A Mozart)

   Au jardin des Hespérides, j’ai pu goûter les pommes d’or de l’éternelle jeunesse. Leur goût est proche de celui des pommes d’amour des stands forains.

   Toute notion d’espace-temps y a été supprimée. Je n’ai jamais été séparé de qui que ce soit. Je n’ai jamais été soumis à l’attente. Je n’ai jamais perdu le sommeil. Si seulement.

   Mais vous rêvez mon cher ! Regardez-vous, avec vos flûtes et vos poésies ! Va-t-il en sortir quelque chose de bon ? Déchaîné, vous désirez et vous aimer cela. Vous vous délectez de ce que la séparation, l’attente et l’insomnie procurent d’inédit à tout votre être ! Mais où est-il, le sujet de ce cataclysmique épisode intérieur ? A quoi pense-t-il ? Que désire-t-il ? Île, elle. 

(Clarinet Quintet in A major, K. 581: II. Larghetto / W.A Mozart)

   Vous doutez, je le sais. J’ai tout le loisir de mesurer vos craintes ; après tout je vous habite. Vous brûlez de joie si je ne m’abuse ?! Je vous aurai, après tout, prévenu depuis le Commencement. Deux mille treize ans plus tard, vous rampez encore dans la poussière, quand vous ne courez pas. Mais après quoi courez-vous ? Ah, l’inaccessible !? L’idéal !? À force d’avoir toujours Raison, on finit par la perdre et c’est à n’y rien comprendre. Déballez vos affaires mon cher,  jetez-vous à l’eau !

(Boat Song / Woodkid)

   On sait que l’on ne dort plus quand : on compare des yeux à un océan.

   Somnambule tâtonnant sur les mers de son incons(is)tance, je pourrais finir noyé.

   Front contre la proue, j’ai trop peu suivi le doux chant des squales ! Sirènes hyperactives et insatiables, vous aimiez pourtant, par la récidive de vos mélodies, flatter mes désirs : « N’entends-tu pas, ô étranger à ta terre, l’appel de ton clan ? Ne vois-tu pas luire sous la lune l’aileron blanc des anges-requins ? Ne sens-tu pas, derrière les embruns parfumés du mois de Juin, l’odeur du sang, tant adorée autrefois ? Sans arrière-pensée aucune, nous dévorons par amour de la vie, rejoins-nous ! »

   Pourtant logée à des kilomètres de moi, l’île intense exhale son feu et déjà les flots hystériques assaillissent ce qu’il me reste d’espace. Défait, je plonge, lutte, coule, désespère puis enfin offre mon dernier souffle aux éléments.

   Après une brève escale, je renais tel le Phoenix dans les bains bouillonnants qui nous réunissent. Lavé des cendres du passé et comme je le craignais, me voilà Grand blanc dans le Grand bleu. 

(Jaws Theme : John Williams)



vendredi 17 janvier 2014

SMS à une amazone



Chant I

Quintessence éternelle, carburant de printemps,
Le cathéter diffuse un liquide champêtre
Glissant à mes dépends, sournoisement peut-être
À travers le corps bleu de mes veines d’enfant
Teintées d’hiver.

Virginie pure et frêle, d’une parcelle azur
S’éloigne en roulant dans le gazon mouillé
Mais la colline est traître et des belles n’a cure ;
Elle la fait disparaître au fond d’un puits souillé
Par la fange.

Naïades tatouées du nom de leurs amants,
S’ébaubissent en chœur dans un bois monotone
Où la lune en croissant se reflète et fredonne
Au clair d’un long ruisseau, la sonate des temps.
Murmure de la nuit :

« Entre l’astre orangé et la feuille qui craque
Tu subiras bientôt une saison nouvelle,
Traversée par le souffle d’un feu perpétuel
Aux cendres égarées dans une fumée opaque,
Empourprée, sanguine. »

Un matricule au cœur, deux nymphes robotiques
Exhibent sur la plage, bikinis à la main
Et presque innocemment leurs seins blancs alcalins
Que lorgnent en passant les pantins diabétiques
Des épousailles déçues.

Aurore acidulée à l’aube magenta
Convoque au point du jour ses sbires furieux,
Chorégraphes des flots aux attraits fabuleux
Que l’homme seul émousse et anime à la fois.
Je coule à pic.




Chant II

Au-delà l’abyssale orangeraie corail,
Sous la trappe de sable empruntant une faille
Les vestiges atlantes éclipsent ma tristesse
Et je brasse et je bois à la tasse d’ivresse
Des murènes émaillées.

Puis soudain l’océan se déverse en torrent
Meurtrier dont le lit effréné me violente ;
La vie comme un geyser étouffé par le vent
Agonise à l’angle où ma dépouille ondoyante
Chemin faisant, se gâte.

Si ce corps harassé verdit au crépuscule,
Mon principe essentiel se redresse à demie,
Constate son état d’esprit sans véhicule
Et joint sans trop tarder l’invétéré génie
Qui porte la lumière.

Les boiseries funèbres inhumées sous la glèbe
Éreintent les lombrics avides de ma chair ;
Plus loin le galbe rond du vase cinéraire
Contenant en portion des résidus d’éphèbe
Orne mon cénotaphe.

Sur les réseaux sociaux, Perséphone endeuillée
Détaille mon destin à l’aide d’un folklore
Auquel elle associe la boite de Pandore,
L’habit d’or de Jason et les sorts de Circée
Multipliant ses tweets. 

Soutiens jusqu’à minuit mes bras camés et froids
Ô Bureau de métal où je lui téléphone !
Le poison de mes vers éveille Babylone
Où le grand Alexandre expire à chaque fois

Sous le regard zircon d’une adjointe Gorgone.