dimanche 19 janvier 2014

Renaître à demain. [Dialogue entre soi et moi.]





   Les fruits de la passion défendue sont mûrs et n’aspirent plus qu’à une chose : croquer à pleines dents le Sud d’Éden.

 
(Concerto for Flute and Harp in C major, K. 299: II. Andantino / W.A Mozart)

   Au jardin des Hespérides, j’ai pu goûter les pommes d’or de l’éternelle jeunesse. Leur goût est proche de celui des pommes d’amour des stands forains.

   Toute notion d’espace-temps y a été supprimée. Je n’ai jamais été séparé de qui que ce soit. Je n’ai jamais été soumis à l’attente. Je n’ai jamais perdu le sommeil. Si seulement.

   Mais vous rêvez mon cher ! Regardez-vous, avec vos flûtes et vos poésies ! Va-t-il en sortir quelque chose de bon ? Déchaîné, vous désirez et vous aimer cela. Vous vous délectez de ce que la séparation, l’attente et l’insomnie procurent d’inédit à tout votre être ! Mais où est-il, le sujet de ce cataclysmique épisode intérieur ? A quoi pense-t-il ? Que désire-t-il ? Île, elle. 

(Clarinet Quintet in A major, K. 581: II. Larghetto / W.A Mozart)

   Vous doutez, je le sais. J’ai tout le loisir de mesurer vos craintes ; après tout je vous habite. Vous brûlez de joie si je ne m’abuse ?! Je vous aurai, après tout, prévenu depuis le Commencement. Deux mille treize ans plus tard, vous rampez encore dans la poussière, quand vous ne courez pas. Mais après quoi courez-vous ? Ah, l’inaccessible !? L’idéal !? À force d’avoir toujours Raison, on finit par la perdre et c’est à n’y rien comprendre. Déballez vos affaires mon cher,  jetez-vous à l’eau !

(Boat Song / Woodkid)

   On sait que l’on ne dort plus quand : on compare des yeux à un océan.

   Somnambule tâtonnant sur les mers de son incons(is)tance, je pourrais finir noyé.

   Front contre la proue, j’ai trop peu suivi le doux chant des squales ! Sirènes hyperactives et insatiables, vous aimiez pourtant, par la récidive de vos mélodies, flatter mes désirs : « N’entends-tu pas, ô étranger à ta terre, l’appel de ton clan ? Ne vois-tu pas luire sous la lune l’aileron blanc des anges-requins ? Ne sens-tu pas, derrière les embruns parfumés du mois de Juin, l’odeur du sang, tant adorée autrefois ? Sans arrière-pensée aucune, nous dévorons par amour de la vie, rejoins-nous ! »

   Pourtant logée à des kilomètres de moi, l’île intense exhale son feu et déjà les flots hystériques assaillissent ce qu’il me reste d’espace. Défait, je plonge, lutte, coule, désespère puis enfin offre mon dernier souffle aux éléments.

   Après une brève escale, je renais tel le Phoenix dans les bains bouillonnants qui nous réunissent. Lavé des cendres du passé et comme je le craignais, me voilà Grand blanc dans le Grand bleu. 

(Jaws Theme : John Williams)



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