Le weekend à Paris se déroula
sans aucun autre accroc et nous sommes rentrés à Nantes le Lundi soir. Quand j’y
repense aujourd’hui, je me dis que c’était tout de même une belle époque par
rapport à mon présent. On pouvait encore espérer voir les choses s’arranger
bien que tout allait rapidement tourner au vinaigre. Là, l’adolescent de seize
ans est en pleine réflexion. Je ne sais pas par où commencer, peut-être par
dire que mes parents ne sont plus de ce monde. Et oui, je suis orphelin sans
autre idéal que le rétablissement de l’ancien monde, une horreur, certains vous
le diront mais un paradis en comparaison avec celui où je survis. Une sale
affaire que ce fait divers à arracher un petit cri terrorisé de la boulangère
de mon quartier. Jérémy et Éloïse n’ont pas supporté cette réalité toute neuve,
c’est compréhensible. Seulement, je ne leur pardonnerai jamais d’avoir mis fin
à leurs jours en me laissant seul à l’âge de treize ans. Maintenant, j’habite
chez mon oncle et ma tante (du côté de ma mère). Lui est plombier, elle est
couturière. Ce ne sont pas non plus des miséreux, ils vivent tant bien que mal
et ont pris soin de moi. Je garde cependant au fond de moi ces images ! Le
feu a dévoré les tissus, effacé mon passé, fait disparaitre mes parents. Tout
le monde a tenté de me faire croire à un accident, mais je ne suis pas débile,
je sais lire et les journaux évoquaient un « suicide collectif dans la rue
Hector Berlioz ». Ils ont pris des médicaments avant de foutre le feu à la
baraque. Faut le faire ! Il est difficile de vivre sans ses parents.
Chaque jour je lutte contre la colère qui me glisse à l’oreille des jugements
tentants à leur égard : « lâches », etc. La seule chose dont je
suis certain, c’est que je ne prendrai pas la même décision qu’eux. Je n’abandonnerai
pas. C’est une option que j’ai rayé de la liste des options possibles depuis
toujours. J’ai l’âme d’un combattant, me dis mon égo et j’ai l’étoffe d’un
imbécile inconscient, me lance ma non-confiance en moi. Je crois qu’en faisant un petit melting-pot,
je peux dire que j’ai la silhouette d’un imbécile de combattant inconscient. Je refuse par contre de me dire que si je n’étais
pas là, cela ne changerait rien pour le futur de l’humanité. J’ai besoin de me
donner de l’importance dans cette histoire délirante. Peut-être que ce qu’attendent la Terre et ses
Hommes n’est rien d’autre qu’un libérateur, une âme optimiste qui lutterait contre cette idée de soumission
à la fois contraignante et facile. « Ne rêve pas mon p’tit gars. Ne
crois-tu pas que ce monde est déjà peuplé de dizaine de milliers d’hommes ayant
bien davantage que toi l’étoffe de héros ? » Oui sans aucun doute
as-tu raison, mais ceux-là dont tu parles vont-ils faire quelque chose d’utile
pour renverser la tendance en faveur de
notre survie à tous ? Je ne vais pas rester là à attendre d’avoir la
réponse à cette question. Celui qui agit n’est-il pas supérieur à tous ceux qui
ont l’essence pour devenir quelqu’un mais qui n’en font rien ? Si, j’en
suis même certain. « N’est-ce pas impressionnant, ce quasi jeune homme,
orphelin depuis peu et confrontant sa conscience à l’avenir de l’humanité ?
N’est-ce pas magnifique et drôle et ironique à la fois d’observer cette petite
chose absurde qu’est l’Homme se débattre en un liquide bouillant dans lequel il
s’est lui-même plongé, petit à petit, siècles après siècles ? Faut-il l’écraser ?
Ou bien lui donner la chance de réaliser ce qu’il souhaite ? Et que
souhaite-t-il faire d’ailleurs ? Renverser quoi ? Renverser la soupe ? »
Des débats se déroulent au plus profond de moi-même à chaque heure de cette
nouvelle ère. C’est peut-être la fin du monde qui se prépare. Il ne fallait pas
compter sur les éléments pour prendre la situation en main et des hommes se sont mis en tête
de faire le travail eux-mêmes. Cela ne m’étonnerait pas. On a tout vu depuis
deux-mille treize. Il est possible que deux-mille douze ait été la dernière
année d’un bonheur relatif dans le monde, pour les hommes occidentaux au moins.
Après, le processus s’est déclenché, les Mayas n’avaient pas tort au fond, peu
importe le nombre de mois, peu importe l’heure, c’est comme cela et pas
autrement. Je suis né à une époque charnière. Je suis l’engeance d’un monde
déclinant et vais surement disparaitre avec lui. Mais pas sans avoir tenté l’impossible.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire