jeudi 22 décembre 2011

Les nouvelles de Paris n°5 (suite et fin)


Ce qu’a finalement fait notre narrateur pour changer les choses, je n’en sais strictement rien. Il faut pourtant que je l’invente, sinon cette nouvelle n’aura pas de fin. Je touche une corde sensible, le problème de terminer les choses. Alors, resituons nous dans le contexte de cette histoire abracadabrante (dont je suis le seul à me préoccuper sachant que c’est un cauchemar qui sort tout droit d’une des portes entrouvertes vers mon imagination) sur fond d’attentats terroristes quotidiens dans la ville du monde, certainement la moins touchée par ce fléau (jusqu’à maintenant).  Que pourrais donc faire ce jeune homme, sans identité précise, qui représente pour l’auteur aussi bien vous que moi (c’est-à-dire un être d’une banalité banale) pour sauver son Paris adoré de la destruction, ainsi que le monde ? Il ne peut rien faire du tout. C’est bien dommage. La seule chose qu’il puisse tenter s’avèrera totalement idiote ou carrément suicidaire. Il va peut-être tuer Marine le Pen. Je n’ai pas encore choisi, mais c’est sans doute la meilleure chose à faire, bien qu’elle ne soit dans le cas de cette histoire de monde perdu en proie au terrorisme, d’une utilité zéro. Cela fera applaudir tout le monde, c’est tout. En fait, j’en ai marre. Ça me tue de devoir trouver une solution aux malheurs d’un monde qui n’existe pas encore, alors je bâcle. Ce jeune homme va droit à la mort parce que je suis incapable de lui trouver une action digne de ses opinions, de ses idéaux, de sa volonté de changer le monde. J’ai choisi un orphelin parce que les orphelins ont la cote ces temps-ci. Regardez Harry Potter. Ces orphelins ont été créés pour servir une cause juste et faire cesser le règne du mal. J’utilise des formules qui marchent. Je ne prends même pas la peine d’inventer, ou de transformer. Et pourquoi d’ailleurs me ferais-je chier à transformer, à créer ? Vais-je être payé pour cela ? Y-a-t-il au bout du couloir autre chose que l’attention évasive de quelques lecteurs cherchant à meubler les minutes, pendant le chargement d’une quelconque série en streaming ou l’absence d’un important ami Facebook , ou l’ennui de base? Non, il n’y a rien. Si on ne bouge pas son derrière, il n’y a jamais rien.  Alors oui, ce personnage va tuer Marine le Pen.
Ne comprenant pas vraiment pourquoi mais ayant inconsciemment décidé de faire quelque chose de con comme tuer la présidente de la république, j’ai commandé un billet de train sur le site de la SNCF et suis parti un jeudi, seul et sans avoir prévenu mon oncle et ma tante. (Pourquoi un Jeudi ? Parce que l’auteur a déjà utilisé pas mal d’autres jours de la semaine jusqu’à là). Alors l’esprit vide et le ventre plein (J’ai dit au taxi de me déposer au Ritz pour un dernier repas du condamné à faire une bêtise). J’ai bien mangé, j’ai tout donné et me dirige vers l'Élysée avec les poches vides. J’ai préalablement parcouru tout plein de sites internet pour me procurer une arme (oui je fais bien les choses). Elle est dans mon sac à dos Eastpak.  J’arrive au Palais de l'Élysée. Il y a pas mal de monde. J’ai sous-estimé mon adversaire. Il y a deux gardes du corps qui sont postés devant une barrière dorée (l’auteur invente et suppose qu’elle est dorée, il n’y a jamais mis les pieds et a manifestement la flemme de faire un tour sur Google pour vérifier). Peut-être que ce sont des gardes du corps déguisés façon nationale ou des mecs en noir. Je l’ignore. On va dire des mecs en noir. Je sors mon arme pour les abattre (obligé !). Je tire dans l’épaule du premier. Il s’effondre, surpris. Avant que l’autre ne daigne me descendre, je reçois une multitude de balles qui s’enfoncent dans mon corps comme dans du beurre. Je suis mort. Le monde court à la catastrophe, jusqu’à une prochaine fois. Fin de l’histoire.

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