Ce qu’a finalement fait
notre narrateur pour changer les choses, je n’en sais strictement rien. Il faut
pourtant que je l’invente, sinon cette nouvelle n’aura pas de fin. Je touche
une corde sensible, le problème de terminer les choses. Alors, resituons nous
dans le contexte de cette histoire abracadabrante (dont je suis le seul à me
préoccuper sachant que c’est un cauchemar qui sort tout droit d’une des portes
entrouvertes vers mon imagination) sur fond d’attentats terroristes quotidiens
dans la ville du monde, certainement la moins touchée par ce fléau (jusqu’à
maintenant). Que pourrais donc faire ce
jeune homme, sans identité précise, qui représente pour l’auteur aussi bien
vous que moi (c’est-à-dire un être d’une banalité banale) pour sauver son Paris
adoré de la destruction, ainsi que le monde ? Il ne peut rien faire du
tout. C’est bien dommage. La seule chose qu’il puisse tenter s’avèrera
totalement idiote ou carrément suicidaire. Il va peut-être tuer Marine le Pen.
Je n’ai pas encore choisi, mais c’est sans doute la meilleure chose à faire,
bien qu’elle ne soit dans le cas de cette histoire de monde perdu en proie au
terrorisme, d’une utilité zéro. Cela fera applaudir tout le monde, c’est tout. En
fait, j’en ai marre. Ça me tue de devoir trouver une solution aux malheurs d’un
monde qui n’existe pas encore, alors je bâcle. Ce jeune homme va droit à la
mort parce que je suis incapable de lui trouver une action digne de ses
opinions, de ses idéaux, de sa volonté de changer le monde. J’ai choisi un
orphelin parce que les orphelins ont la cote ces temps-ci. Regardez Harry
Potter. Ces orphelins ont été créés pour servir une cause juste et faire cesser
le règne du mal. J’utilise des formules qui marchent. Je ne prends même pas la
peine d’inventer, ou de transformer. Et pourquoi d’ailleurs me ferais-je chier
à transformer, à créer ? Vais-je être payé pour cela ? Y-a-t-il au
bout du couloir autre chose que l’attention évasive de quelques lecteurs
cherchant à meubler les minutes, pendant le chargement d’une quelconque
série en streaming ou l’absence d’un important ami Facebook , ou l’ennui de
base? Non, il n’y a rien. Si on ne bouge pas son derrière, il n’y a jamais
rien. Alors oui, ce personnage va tuer
Marine le Pen.
Ne comprenant pas
vraiment pourquoi mais ayant inconsciemment décidé de faire quelque chose de
con comme tuer la présidente de la république, j’ai commandé un billet de train
sur le site de la SNCF et suis parti un jeudi, seul et sans avoir prévenu mon
oncle et ma tante. (Pourquoi un Jeudi ? Parce que l’auteur a déjà utilisé
pas mal d’autres jours de la semaine jusqu’à là). Alors l’esprit vide et le
ventre plein (J’ai dit au taxi de me déposer au Ritz pour un dernier repas du
condamné à faire une bêtise). J’ai bien mangé, j’ai tout donné et me dirige
vers l'Élysée avec les poches vides. J’ai préalablement parcouru tout plein de
sites internet pour me procurer une arme (oui je fais bien les choses). Elle
est dans mon sac à dos Eastpak. J’arrive
au Palais de l'Élysée. Il y a pas mal de monde. J’ai sous-estimé mon
adversaire. Il y a deux gardes du corps qui sont postés devant une barrière
dorée (l’auteur invente et suppose qu’elle est dorée, il n’y a jamais mis les
pieds et a manifestement la flemme de faire un tour sur Google pour vérifier).
Peut-être que ce sont des gardes du corps déguisés façon nationale ou des mecs
en noir. Je l’ignore. On va dire des mecs en noir. Je sors mon arme pour les
abattre (obligé !). Je tire dans l’épaule du premier. Il s’effondre,
surpris. Avant que l’autre ne daigne me descendre, je reçois une multitude de
balles qui s’enfoncent dans mon corps comme dans du beurre. Je suis mort. Le
monde court à la catastrophe, jusqu’à une prochaine fois. Fin de l’histoire.

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