Les volets que tu
malmènes toute la nuit durant, me réveillent et me rappellent en Bretagne où
les courants font dévier un radeau de sa course. Que dis-je, c’est un cargo
maltais d’après les sources. Le vent l’a propulsé sur le rivage sans oublier de
tout foutre en l’air sur son passage. Les vagues, l’écume, les mouettes et les
dunes, tous ces éléments d’un décor salé d’Arvor, la tempête les envoie valser
au loin et signe son carnage d’un vilain prénom : Joachim. Ce navire
étranger, échoué sur les sables d’Erdeven, sous le coup de l’émotion s’est vidé
entièrement d’or noir, pire qu’une benne. La puanteur a alors pénétré les
cristaux de verre, tout a commencé, rien ne s’arrêterait avant des années.
Adieu la plage, adieu les touristes, adieu la saison champêtre, adieu les sous,
adieu la faune, adieu les oiseaux, les poissons, les étoiles de mer, adieu les
dunes comme seule préoccupation des bretons, adieu les marchands de glace (Miko
noyé dans le Mazout), adieu les châteaux de sable blanc, adieu les footings du
matin face à l’Océan, adieu les grands-mères en sous vêtements à moins trois en plein
hiver, adieu petit tracteur solitaire et innocent, adieu les enterrements sous
le sable, bonjour toi, humour noir. L’humeur
des bretons est bien sombre et ils ne savent pas trop qu’en faire : se
déchainer sur les éléments ou sur le système. Les autorités, spécialistes de la
communication et de la tempérance évitent de trop alarmer le monde et rassurent
le peuple des dunes bien que celui-ci n’ai pas besoin d’elles pour observer le
carnage sous toute son envergure. « Belle métaphore de l’enlisement
progressif dont fait l’objet la société. ». Dans les bars, à st Cado, c’est
le sujet du jour, c’est même le sujet des mois à venir, ça permet de renouveler
un peu le flot des conversations, ça purifie l’atmosphère, même si ça bousille
nos côtes. On oublie même de boire son kir, c’est dire. La petite maison risque
de finir peinte en noir. Un microcosme qui risque de s’écrouler. Les plus paranoïaques
se voient déjà jetés dans la fosse commune pour cause d’empoisonnement ou de
maladie mystérieuse développée par tous et partout en Bretagne. Monsieur et
Madame tout le monde ont sans doute rayé l’option Morbihan pour les vacances de
Juillet prochain. Nous resterons entre bretons, pas très fiers de toute cette
matière collante mais soudés comme des nationalistes qui défendent leur terre.
Pétrole, maître chez nous. Avec une catastrophe pareille, ça sent pire que le
mazout, ça sent le vert à plein nez, ça sent même le hippie. Bottes en
caoutchouc, Ciré jaune, pelles et sacs plastiques. C’est parti.
Avant tout, il est encore
minuit et la tempête ne fait que commencer, les hommes au fond de leurs lits ont
l'espoir que rien ne se passe. Aucun bateau n’a encore perdu son chemin. Il est
rassurant d’être plongé sous des tonnes de couvertures en plein mois de
Décembre. On se dit qu’on n’aimerait pas se retrouver en maillot sur la plage
face à la vague de l’année. Là, je me mets à la place de ceux qui n’ont pas l’âme
du surfeur. Je me mets dans la peau de ceux qui hiberneraient si la vie le
permettait.
Et les retards de la
SNCF.

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