samedi 17 décembre 2011

La tempête


Les volets que tu malmènes toute la nuit durant, me réveillent et me rappellent en Bretagne où les courants font dévier un radeau de sa course. Que dis-je, c’est un cargo maltais d’après les sources. Le vent l’a propulsé sur le rivage sans oublier de tout foutre en l’air sur son passage. Les vagues, l’écume, les mouettes et les dunes, tous ces éléments d’un décor salé d’Arvor, la tempête les envoie valser au loin et signe son carnage d’un vilain prénom : Joachim. Ce navire étranger, échoué sur les sables d’Erdeven, sous le coup de l’émotion s’est vidé entièrement d’or noir, pire qu’une benne. La puanteur a alors pénétré les cristaux de verre, tout a commencé, rien ne s’arrêterait avant des années. Adieu la plage, adieu les touristes, adieu la saison champêtre, adieu les sous, adieu la faune, adieu les oiseaux, les poissons, les étoiles de mer, adieu les dunes comme seule préoccupation des bretons, adieu les marchands de glace (Miko noyé dans le Mazout), adieu les châteaux de sable blanc, adieu les footings du matin face à l’Océan, adieu les grands-mères en sous vêtements à moins trois en plein hiver, adieu petit tracteur solitaire et innocent, adieu les enterrements sous le sable,  bonjour toi, humour noir. L’humeur des bretons est bien sombre et ils ne savent pas trop qu’en faire : se déchainer sur les éléments ou sur le système. Les autorités, spécialistes de la communication et de la tempérance évitent de trop alarmer le monde et rassurent le peuple des dunes bien que celui-ci n’ai pas besoin d’elles pour observer le carnage sous toute son envergure. « Belle métaphore de l’enlisement progressif dont fait l’objet la société. ». Dans les bars, à st Cado, c’est le sujet du jour, c’est même le sujet des mois à venir, ça permet de renouveler un peu le flot des conversations, ça purifie l’atmosphère, même si ça bousille nos côtes. On oublie même de boire son kir, c’est dire. La petite maison risque de finir peinte en noir. Un microcosme qui risque de s’écrouler. Les plus paranoïaques se voient déjà jetés dans la fosse commune pour cause d’empoisonnement ou de maladie mystérieuse développée par tous et partout en Bretagne. Monsieur et Madame tout le monde ont sans doute rayé l’option Morbihan pour les vacances de Juillet prochain. Nous resterons entre bretons, pas très fiers de toute cette matière collante mais soudés comme des nationalistes qui défendent leur terre. Pétrole, maître chez nous. Avec une catastrophe pareille, ça sent pire que le mazout, ça sent le vert à plein nez, ça sent même le hippie. Bottes en caoutchouc, Ciré jaune, pelles et sacs plastiques. C’est parti.
Avant tout, il est encore minuit et la tempête ne fait que commencer, les hommes au fond de leurs lits ont l'espoir que rien ne se passe. Aucun bateau n’a encore perdu son chemin. Il est rassurant d’être plongé sous des tonnes de couvertures en plein mois de Décembre. On se dit qu’on n’aimerait pas se retrouver en maillot sur la plage face à la vague de l’année. Là, je me mets à la place de ceux qui n’ont pas l’âme du surfeur. Je me mets dans la peau de ceux qui hiberneraient si la vie le permettait.
Et les retards de la SNCF.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire