Si le marasme global fait vos nuits plus longues (presque
interminables) dans les draps chauds et soporifiques qui vous capturent, toiles
dont vous êtes bien forcés de vous revendiquer les propriétaires, araignées
effarouchées des temps modernes, les miennes s’écourtent au fil des heures que
je passe à tisser la voile de mon individualité et concevoir un avenir en
version originale. L’appel du monde est trop fort et il m’importe peu que le
compte à rebours de son naufrage ait été programmé pour bientôt. Au prochain
mois de Décembre, tous se riveront en pagaille dans les ruelles et les
boulevards du monde par curiosité, pour attendre la grande chute et le scénario
catastrophe idéal, ceux-là qui disaient ne pas y croire une seconde et qui n’y
croient toujours qu’un petit peu. « On ne sait jamais, si les Mayas l’ont
dit… ». Pernaut, Ferrari et Pujadas (aux noms dignes d’un crachat) seront
les prédicateurs ou les détracteurs de l’apocalypse tandis que les
téléspectateurs se feront nombreux devant le petit écran, assis à table pour
savourer un dernier repas. Tous se réuniront, jeunes ou vieux, croyants ou pas
pour une reproduction ultime de la Cène ou une dernière cuite mémorable qui anesthésiera
l’anxiété et améliorera les derniers rapports humains. Puis tout à chacun se couchera
ou ne dormira pas pour ne pas en manquer une miette. Ils verront alors la Terre
sans dessus-dessous, et si ce n’est la Terre, du moins leur appartement, lieu
de réunion pour un apéritif dinatoire, un banquet pré-funèbre ou des festivités
orgiaques où sensualité se mêlera avec crainte de la disparition totale. Les
cônes d’amour seront distribués à la va-vite au sein de la jeunesse débridée et
parmi les futurs cadavres déjà empilés sur les places des villes dans un apéro
géant de 21 Décembre 2012. Tous en riront mais au fond d’eux, tous seront un
petit peu inquiété par l’étincelle du surnaturel qui demeure, malgré les
siècles d’un rationalisme poussé à l’extrême (censé rattrapé le temps perdu à
croire en n’importe quoi). Les médecins seront présents, oui, pour protéger la
cellule familiale et pour fournir la morphine (mort fine) s’il le faut. Les
vieux rapaces amasseront leurs vieilles économies pour les dissimuler dans de
très anciennes banques (qui dans une logique pareille survivraient à tout). Il
faut avouer que la fin de ce quiproquo insupportable sourirait à beaucoup de
monde : la crise périrait avec nous. Personne n’en réchapperait. Même Marine
Le Pen ne pourrait naviguer entre les courants pour sauver la France, même Eva
Joly ne pourrait plus faire grand-chose pour refroidir la glace, même Bardot ne
pourrait plus sauver les ours blancs et même Sarkozy ne pourrait plus nous
faire croire à des jours meilleurs. Mais cet hypothétique testament de l’humanité
n’a pas lieu de nous inquiéter. N’est-ce pas ? Nous sauverons la crise.

La chute est bonne et sèche, mais la levée du voile de ta toile existentielle retarde l'inévitable renaissance du tohu-bohu.
RépondreSupprimerDeux ultimes volontés personnelle avant la fin : que Bardot soit jetée aux lions par les hommes de peau noire qu'elle méprise ! Que Pernaut soit relégué à la circulation !