samedi 3 décembre 2011

DeuxMilleDouze


Si le marasme global fait vos nuits plus longues (presque interminables) dans les draps chauds et soporifiques qui vous capturent, toiles dont vous êtes bien forcés de vous revendiquer les propriétaires, araignées effarouchées des temps modernes, les miennes s’écourtent au fil des heures que je passe à tisser la voile de mon individualité et concevoir un avenir en version originale. L’appel du monde est trop fort et il m’importe peu que le compte à rebours de son naufrage ait été programmé pour bientôt. Au prochain mois de Décembre, tous se riveront en pagaille dans les ruelles et les boulevards du monde par curiosité, pour attendre la grande chute et le scénario catastrophe idéal, ceux-là qui disaient ne pas y croire une seconde et qui n’y croient toujours qu’un petit peu. « On ne sait jamais, si les Mayas l’ont dit… ». Pernaut, Ferrari et Pujadas (aux noms dignes d’un crachat) seront les prédicateurs ou les détracteurs de l’apocalypse tandis que les téléspectateurs se feront nombreux devant le petit écran, assis à table pour savourer un dernier repas. Tous se réuniront, jeunes ou vieux, croyants ou pas pour une reproduction ultime de la Cène ou une dernière cuite mémorable qui anesthésiera l’anxiété et améliorera les derniers rapports humains. Puis tout à chacun se couchera ou ne dormira pas pour ne pas en manquer une miette. Ils verront alors la Terre sans dessus-dessous, et si ce n’est la Terre, du moins leur appartement, lieu de réunion pour un apéritif dinatoire, un banquet pré-funèbre ou des festivités orgiaques où sensualité se mêlera avec crainte de la disparition totale. Les cônes d’amour seront distribués à la va-vite au sein de la jeunesse débridée et parmi les futurs cadavres déjà empilés sur les places des villes dans un apéro géant de 21 Décembre 2012. Tous en riront mais au fond d’eux, tous seront un petit peu inquiété par l’étincelle du surnaturel qui demeure, malgré les siècles d’un rationalisme poussé à l’extrême (censé rattrapé le temps perdu à croire en n’importe quoi). Les médecins seront présents, oui, pour protéger la cellule familiale et pour fournir la morphine (mort fine) s’il le faut. Les vieux rapaces amasseront leurs vieilles économies pour les dissimuler dans de très anciennes banques (qui dans une logique pareille survivraient à tout). Il faut avouer que la fin de ce quiproquo insupportable sourirait à beaucoup de monde : la crise périrait avec nous. Personne n’en réchapperait. Même Marine Le Pen ne pourrait naviguer entre les courants pour sauver la France, même Eva Joly ne pourrait plus faire grand-chose pour refroidir la glace, même Bardot ne pourrait plus sauver les ours blancs et même Sarkozy ne pourrait plus nous faire croire à des jours meilleurs. Mais cet hypothétique testament de l’humanité n’a pas lieu de nous inquiéter. N’est-ce pas ? Nous sauverons la crise.

1 commentaire:

  1. Melancholia Orlova4 décembre 2011 à 01:20

    La chute est bonne et sèche, mais la levée du voile de ta toile existentielle retarde l'inévitable renaissance du tohu-bohu.
    Deux ultimes volontés personnelle avant la fin : que Bardot soit jetée aux lions par les hommes de peau noire qu'elle méprise ! Que Pernaut soit relégué à la circulation !

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