Nous
sommes tous témoins de la perte de valeur de la langue française aux yeux de la
majeure partie des adolescents et jeunes en général, qui préfèrent s’inventer
leur propre mode d’écriture à partir d’un langage français basique, en
raccourcissant des mots, en modifiant la syntaxe et en se débarrassant de toute
contrainte grammaticale, quelle qu’elle soit.
Si
cette déchéance, qui nous touche tous plus ou moins, est explicable d’une part
à cause du fait qu’internet soit devenu en une décennie maître du monde et
parce que les tchat, messenger, réseaux sociaux ont permis une simplification
total des rapports à l’écriture, ce n’est pas la seule explication, je crois.
La
modernité s’engage sur un grand nombre de voies, ainsi que sur celle de
l’éducation. Quel grand mot que celui-là ! Quels enjeux aussi pour les
hommes que nous serons demain ! Nous ne pouvons plus parler d’un système
éducatif satisfaisant en France ( je ne vous apprends rien) car les
professeurs, maîtres ou monsieur machin, se sont fait détrôner par des morveux
qui se croient tout permis parce que leurs parents les ont monté sur un
piédestal si haut qu’il est maintenant presque impossible de les faire
redescendre. L’enfant roi est une préoccupation nationale. On a supprimé depuis
longtemps le dauphin royal et en fait il y en a un presque dans chaque
foyer ! Mais ne déversons pas toutes les fautes sur l’élève en lui-même
car le professeur a pendant un temps trouvé son compte dans ce
processus…fonctionnaire tranquille qui suit son chemin sans se préoccuper des
personnes qu’il instruit et incapable de s’essayer un tant soit peu à de la
psychologie, qu’elle soit de bas étage ou non. Mais ne généralisons pas !
L’autorité
est une chose qui a trop effrayé le monde pendant des siècles et le français a
très bien retenu la leçon : il n’a pas manqué l’occasion de s’en
débarrasser lorsque la grande aubaine s’est présentée à lui (je parle ici des
années 60). Pendant des siècles et plus précisément dans la première partie du
vingtième siècle on a beaucoup craint le professeur et si la violence parfois
démesurée de quelques sadiques a traumatisé bien des élèves et dégouté beaucoup
de jeunes de l’apprentissage, d’autres professeurs sont parvenus, dans une
large mesure à user d’une bonne autorité (c’est-à-dire de se faire respecter au
bout du compte) et stimuler une bonne part des élèves qui s’est donnée à
fond durant toute sa scolarité, qui a compris ce que voulait dire le mot
« politesse », qui a assimilé les clés de voute de la langue française,
qui n’a pas eu à craindre de s’en prendre une , à moins de dépasser les bornes,
ce que les plus malins et les plus sages évitaient de faire (il n’est pas
étonnant que les rebelles figuraient dans le peloton de fin et qu’il n’étaient
pas très nombreux).
Le
professeur était celui qui continuait, en quelque sorte la figure du père de
famille, et à cette époque on respectait son père et sa mère. Même si on prend
en compte l’idée que la France de ce temps était soumise démesurément à la
religion catholique qui dans ses principes de base (cf. Moise et les tables de
la loi) ordonnait aux enfants d’honorer leurs parents, il n’est pas possible
qu’elle en soit la seule origine.
Quand
on voit aujourd’hui la manière dont les enfants parlent à leurs parents, on
tombe des nues, vraiment. Et ce n’est pas être dépassé ou vouloir faire le
moralisateur que de dire cela. Il y a des règles à suivre et la moindre d’entre
elle est de ne pas mépriser les personnes qui nous ont donné la vie. Dans le
monde actuel, comme tout est devenu plus simple avec les technologies avancées,
on a envie de s’immerger complètement dans le bain de la simplicité et on en
oublie parfois que les choses les plus importantes dans la vie, à savoir
l’éducation des enfants par exemple, ne seront jamais déléguées aux machines
(ou alors les parents ne serviront plus à rien !). La plupart des parents, qui
sont des parents d’un genre nouveau, ont oublié leur rôle je crois et
nécessitent l’aide d’un souffleur pour retrouver la mémoire! En cela je pense
que des émissions comme « Super Nanny » (qui nous a quitté) étaient
moins cons que les autres émissions de télé « réalité » car elles
pouvaient donner de bonnes idées aux parents (d’une manière assez relative car
on a du mal à y croire complètement) mais quand même.
Les
parents pensent peut-être que les enfants s’éduquent tout seul ( ?) ou
bien que la sagesse est innée, pour n’avoir pas ce besoin (pourtant
nécessaire) de leur procurer une aide sérieuse dans l’aube de leur existence.
Mais ce n’est pas le cas ! A force d’idolâtrer leur progéniture, ils
en oublient qu’elle n’est pas un dieu possédant la science infuse ou toutes les
règles nécessaires pour la bonne marche de la vie en société. Cela se saurait
si tel était le cas.
La
crainte des enfants par rapport aux figures d’autorité, qu’on a voulu effacer
totalement, était une chose très positive car elle permettait de bien établir
le Surmoi (mais je ne voudrais pas rentrer dans des considérations
psychanalytiques), juste dire que le sens de l’autorité ne s’acquière que
durant les premières années et ce n’est pas un secret !
Les
conséquences de ce relâchement se révèlent aujourd’hui : les enfants ne
sont que des électrons libres qui font sans arrêt tourner en bourrique leurs
géniteurs car ils comprennent vite (ce ne sont pas non plus des idiots) les
filons de la ruse et en usent sans arrêt pour arriver à leurs fins. Oui, l’idée
de morale ou de règles leur étant presque totalement inconnue ils n’ont pas
appris les notions de « bien » et de « mal » qui sont
pourtant des bases dans notre société.
Il
n’est pas idiot de penser que, plus les générations avancent, plus les cerveaux
évoluent d’un point de vue et régressent de l’autre pour donner une jeunesse
toute différente. Celle dont on parle ici a emmagasiné un siècle d’histoire et
s’en est trouvée toute bouleversée et nouvelle. Si on suit cette idée, il
faut changer presque totalement l’éducation, qui se voit étouffée par les êtres
nouveaux qu’elle tente d’instruire à l’ancienne, à la manière "d’il
y a une trentaine d’années".
Les
professeurs ont affaire à des petits monstres, chefs de famille qui n’entendent
pas se faire dominer par une seule personne alors qu’ils sont d’un nombre
largement supérieur. Le maître est devenu depuis longtemps le bouffon de
l’enfant roi, l’amuseur de la galerie et on ne se gêne pas pour se payer sa
tête continuellement. C’est triste à dire et le taux de professeurs qui
parvient, grâce à une pédagogie qui lui est propre et dont il a le secret à
dominer la masse, est très faible.
Lorsqu’un
professeur tente de mettre en œuvre des manières plus anciennes (qui remontent
à cinquante ans) pour instruire les enfants ou pour se faire respecter, il ne
se passe pas un jour avant que s’instruise son procès dans les rangs de cette
confrérie DÉMONIAQUE que l’on nomme « association de parents
d’élèves ». Quelle horreur que ce corps qui se croit le maître à la place
du maître. Il est une épée de Damoclès sans arrêt pendant au-dessus des têtes
professorales. Les parents veulent que l’on ménage les enfants comme s’ils
étaient des créatures toutes faibles, n’ayant pas la possibilité de comprendre
par eux-mêmes ce qu’ils doivent et ne doivent pas faire ou dire au professeur
et donc, ils les ménagent comme des handicapés mentaux ou bien comme des
princes devant qui il ne faut plus élever la voix, sous peine de se les faire
couper ! J’exagère sans doute, mais je trouve que c’est un peu cela maintenant,
les associations de parents.
Il
n’est pas étonnant qu’un « ras le bol » s’élève dans les rangs des
professeurs et que certains décident de résister à la vague par des méthodes
plus que douteuses et d’autres, de laisser leur nerfs prendre le dessus
et devenir violents (voire fous et criminels pour les plus déséquilibrés). Et
il n’est pas non plus étonnant que des élèves plus violents que la moyenne ou
parfois dingues, il faut le dire (dans les établissements de zones plus
difficiles ou même dans des endroits réputés très calmes) poignardent leur
professeur sous les yeux de leurs camarades pour montrer à tous une supériorité
claire qui finit par baigner dans le sang. C’est un retour à l’idée du dominant
et du dominé de Hegel et comme l’enfant ou l’adolescent n’est parfois pas en
mesure de dépasser un mode plus archaïque de pensée et de réaction face au
monde ou à autrui, il se passe bien des drames sans qu’on puisse rien y faire,
à part mettre en œuvre un chamboulement total du système éducatif et définir de
nouvelles règles qui conviendraient mieux aux nouvelles générations d’élèves
qui connaissent un monde sur lequel ils ont de plus en plus de prise grâce à la
modernité et en même temps un monde de plus en plus dangereux où tout va trop
vite, et dont les tenants, les piliers (qu’étaient les parents, les
professeurs, l’autorité en général) tendent à s’effriter dangereusement, et
finiront peut-être par s’effondrer bien plus tôt qu’on ne le croit. La
situation est à prendre au sérieux.
De
tout cela résulte également la baisse progressive de niveau ou d’intérêt envers
l’école puisqu’elle n’est plus ce lieu sérieux où l’on doit apprendre, elle est
devenu une cour de récréation perpétuelle où il serait bien de faire un effort
durant la classe mais où l’on ne se fait plus vraiment grondé, donc ,comme on
est un enfant et qu’on aime bien ne pas respecter les règles, en bon rebelle on
fait tout le contraire de ce qu’on nous dit, on teste l’autre, on regarde un peu
dans quel monde on se trouve et comme ce monde n’a pas l’air si inquiétant, on
se permet de ne se donner aucun interdit, aucune limite, « il est
interdit, d’interdire »…etc…etc… et s’en suit un cercle vicieux qui ne
mène à rien d’excellent et c’est triste car nous perdons sûrement de grands
esprits ou des personnes qui, plus tard pourraient faire quelque chose de
génial, mais qui n’en font rien puisqu’on ne fait pas attention à eux dans le
bon sens, c’est le problème.
On
ne comprend pas les enfants et les adolescents. Ils se créent donc un autre
monde, parce qu’ils voient que celui-ci ne donne pas réellement confiance et
n'est pas si raisonnable qu'il voudrait le faire croire. Ils voient ce qu’on
tente de leur apprendre mais ils comprennent aussi l’hypocrisie qui se cache
derrière et sentent que leurs professeurs, que leurs parents ne sont plus
de vrais parents, ne sont plus de véritables professeurs mais de réels imposteurs (alors que
ceux-là tentent de se le cacher à eux-mêmes). Alors tombons les masques !

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