Facilitez-vous
la vie, carcasses enfumées ! Jetez-vous dans l’herbe fraiche sans attendre
! Broutez encore ces pâturages dans votre ennui délirant sans chercher à
comprendre ! Demeurez l’esprit ramolli par les douceurs d’une puanteur qui
vous asservit à la fainéantise, vous qui restez béats d'un grand sourire si gai
mais si triste à la fois, qu’il attire toute la compassion du monde ! Que
dis-je ? Toute la pitié de l’univers !! Roulez-vous parterre, sourds
à la vie, pionniers de la végétation humaine, inconscients d’être cons. L’œil
jaune des lacs malodorants de votre nullité pourrit le regard dans lequel on
voudrait plonger. N’avez-vous pas honte d’être des fuyards, de tourner le dos
comme ça à votre réelle condition ? De perdre un temps infime dans les buées
verdâtres d’un splif tant désiré, après une journée épuisante, et, pauvres de
vous, vous l’avez bien mérité votre néant. Légaliser votre connerie ?! Il ne
manquerait plus que ça. C’est pire qu’une guerre et les pertes sont immenses,
mais les cadavres restent sur Terre à voguer d’un bout à l’autre de leur mal
être et défèquent tout ça sur les autres. Génération de ratés qui avance sur
les dalles en disant : "un petit de temps en temps, ça ne fait pas de
mal". Non ! et une petite claque de en temps non temps non plus ! Le
mérite de vous faire botter les fesses est la seule chose que vous possédez.
Affalés sur un canapé, on ne peut plus rien pour vous et vous battre serait
bien mal agir, innocentes victimes qui ne cherchez qu’à passer un bon moment,
oublier vos problèmes, dire « je t’emmerde » à une existence pénible
et insensée; enfin c'est ce que vous pensez et vous encensez par là-même votre
idiotie. S'il faut voyager au bout du monde pour en trouver, là vous vous
bougerez car se faire un peu d’argent sur la carcasse encore pleine de
quelqu’un vaut bien le redressement de votre silhouette éteinte et totalement
allumée de l’intérieur. Vous montez sans arrêt dans un Grand Huit qui
finit tôt ou tard par s’écraser. Vous me direz : « mais c’est
ça la vie, on finit tous par s’écraser ». Et je vous dirai merde, comme
toujours. Ânes à qui on ne la fait pas, vous n’avancez plus pour atteindre la
carotte car elle est à portée de votre souffle enfumé, dégueulasse : le
paradis. Les paradis artificiels ! Encore un beau malin celui qui a dit
cela.
Il
y a aussi vous autres, les excités. Vous n’êtes pas comme les limaces
précédemment évoquées, vous filez à droite, à gauche, sur le dancefloor, dans
les usines, dans des cathédrales que vous vous inventez. Vous ne dormez qu’à
l’hôpital mais on vous y voit rarement, malheureusement. Vous ne creusez pas le
trou de la sécurité sociale mais vous creusez le vôtre. Vous préférez tenir la
cadence, brûler la vie ! Une pilule en bouche et c’est vite reparti, trop
vite, on ne vous voit même pas passer, vous ratez tout, votre rythme cardiaque
augmente et votre ligne se brise. Vous, les narines saupoudrées ! Vous pensez
faire face au monde entier mais vous êtes des enfants qui avez remplacé votre
mère par une mère criminelle, sous des apparences de réconfort et d'oubli elle
vous suce le sang comme vous l'aspirez. Suicidez-vous, ce sera encore plus
rapide ! Ne faites pas mourir votre cerveau à petit feu quand vous pouvez
directement faire le grand saut. Bondissez d'une fenêtre dans le vide et vous connaitrez
des sensations encore plus fortes ! La vitesse grandiose, le bonheur avant
la chute, et ça n’aura aucun secret pour vous qui l’expérimentez sans cesse,
sans trop vous en rendre compte.
« Pauvre
abruti »…l’écho de votre pensée m’arrive aux oreilles, je n’y connais
rien, c’est vrai, je n’ai peut-être jamais touché à ce fruit, mais je sais
qu’un ver y habite. Je devrais sans doute faire le grand saut moi aussi, pour
prouver ma bonne foi, y toucher une fois? Pour dire ma pensée et mes horreurs,
m’en procurer dans l’heure ? Certainement que non : les effets d’un rhume
sont bien assez visibles sans avoir besoin d’en choper un soi-même.
« Mais
tu bois bien, non ? » Assez peu, et je n’admire pas cette boisson
légale qui est loin pour moi d’être un régal. L’humain doit-être bien faible
pour n’avoir pas la force de s’affirmer autrement que par cela... Mais vaines
paroles. Qui est-ce que je cherche à convaincre ? C’est perdu d’avance,
mais cette lecture difficile n’est-elle pas prétexte à un bon pétard ?
Et
je ne parle même pas des siphonnés de la piquouse à qui je rendrais bien un
grand service. Je les mènerais dans un parc d’attraction dont ils ne
sortiraient jamais et qu’ils apprécieraient fort bien. Une bonne dose injectée
et ce serait le rêve sans fin à Euthanasia. Mais quel monstre !
"Requiem for a dream" m’a ennuyé, que voulez-vous.
Aux
Festivals, des corps se trouvant bien mal, perdus dans la foule, dans le
brouillard et sous les tentes malencontreusement partagées entre tous, les
doigts dans le foutre à exploser ses tympans en bons hippies après deux mille
ans de guerres, ce n’est pas beau ? Que voulez-vous de plus ?
La terre? La pisse partout répandue par les acolytes de l’alcoolisme ambiant?
Un Woodstock à jamais répété serait votre rêve mais sans parvenir à l’égaler
vous ne vous offrez aucune trêve. Vous descendez encore et encore dans les
mines jusqu’à ne plus réussir à refaire surface. Minasse somme toute agréable,
en rencontrant des inconnus, et c’est toute la belle humanité qui regarde et
qui s’arrange pour ne pas se voir. C'est l'humanisme capsule de bière. Amour
des sens, amour de l’errance, amour des plaisirs et haine de la vie. Car ça
n’est pas la vie, ça y participe, c'est vrai, mais en grande quantité on
devient vite drogué.

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