mercredi 26 octobre 2011

St Germain des Prés2

Le premier chapitre de ma jeunesse d'homme a été souillé, trainé dans la poussière par un je ne sais quel virus transporté par les vents de l'époque. Les serpents sifflent tout bas à nos oreilles qui tendent à les écouter attentivement tandis que tout se perd. J'ai participé au procès et à l'exécution d'un temps précieux, donné en sacrifice à ce que j'aurais pu croire être quelques déesses puissantes et magnifiques mais qui n'étaient en vérité que les pâles reflets de ma laide inconséquence de jadis.
Ces créatures-là n'étaient rien objectivement mais sous mon regard d'alors elles étaient tout. Des moitiés de femmes en quête de sang, rampant dans le coin des appartements et des nouveaux temples de la culture, médisant, écrasant de la voix les innocentes réputations de faux ennemis inventés mais qu'elles croyaient congénitaux. La bêtise qui était mienne poussait le rapprochement entre ces furies dissimulées et moi-même dans des temps où l'autre était mon eau. Pourtant, après prise de distance nécessaire je déplore cette époque d'obscurantisme et loue l'aujourd'hui. Après ce que mes yeux m'ont donné de voir, je ne suis plus un aveugle à la merci de l'emprise de ces êtres dont la féminité n'éclate pas au jour. On pourrait bien me canoniser un jour je crois car j'ai vu cette femme extraordinaire dont la courbe des yeux a maintes fois fait le tour de mon cœur l'espace d'un quart de seconde. La conquête était masculine il fut un temps, aujourd'hui elle est l'apanage de ces rares femmes. J'ai contemplé le plus doux des visages, fascinant et trop brillant pour moi.  Ce n'est pas un topos du poète amoureux que je ressors au mauvais goût du jour mais l'expérience d'un investigateur du beau. Là où le cucul la praline semble être déniché sans autre défense que son bon sentiment se cache en fait une âme désarçonnée, réduite à peu de chose mais grandie, nourrie. Je ne suis pas le prince arabe venu quérir la perle rare sur des terres inconnues et qui l'exige, mais je l'étais presque durant une poignée de secondes. L'imagination est comique mais la réalité ne sait pas rire. Elle ramène tout ce beau monde sur Terre, là où les rêves se teintent d'amertume quand la raison amène sur la bouche de l'idéal des paroles qu'on aurait prêté au serpent de l'arbre de la déception.  

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