Le temps gris soumet nos cœurs à la mélancolie, la pluie bat les carreaux et m’arrache des sentiments divers à l’automne qui, dans sa course effrénée dénude les arbres, là-haut, empruntant les chemins ascendants d’une écorce faible et s’esclaffant devant le résultat de son acte assassin, car le saule pleureur, s’il a été, n’est plus ; ses longues feuilles ont fini de tomber, ne caressent plus la terre mais sont couchées sur sa surface et craquent au passage d’un passant, puisque à force d’être en position constante de chute on finit par obtenir ce que l’on souhaite et l’automne se révèle le génie qui exhausse les vœux de certains végétaux un peu trop poussés par l’attraction terrestre. Quel mauvais génie et quelle souffrance il génère encore !
Nous entrons dans le cycle du confort. On ne peut guère profiter d’avantage d’un abri confortable que lorsque la bourrasque active les lames tantôt douces, tantôt ravageuses, parfois crachoirs d’un ciel en colère ; l’ondée, la saucée, la giboulée activent l’imagination. S'en est très poétique et c’est presque une histoire d’amour entre l’homme et la pluie. Le confort joue ici le rôle du père ou de la mère cruelle, qui empêche les enfants de vivre leur passion. Et nous sommes emprisonnés par le confort, si bien que nous pensons ne plus aimer la pluie. Le confort se targue d’être notre protecteur et nous ne pouvons qu’observer impuissants les élans de notre amour, la flotte, qui s’élance furieusement vers nous, où par de petits coups désespérés elle frappe le confort, la vitre, qui s’impose entre ce sentiment puissant. Alors elle pleure. C’est le spleen d’Automne qui démontre sa raison d’être. Dans chaque manifestation de la nature il y a un amour impossible qui cherche à faire valoir sa cause et se tirer peut-être un jour de ce mauvais rêve, de cette attente interminable au fil des saisons, par le cycle qui ne lasse pourtant jamais l’honorable sentiment. Mais si cela se terminait bien, alors les saisons cesseraient et le monde arrêterait de tourner. Le drame, le tragique de l’impossible affection fait tourner le monde et on ne nous apprend finalement, pas grand-chose.
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