jeudi 27 octobre 2011

Le lycan d'Hendaye

L’évènement suivant n’est pas une affabulation de mon esprit, ni même une ébauche de nouvelle. C’est en témoin que je viens vous raconter un épisode étrange qui est arrivé à des vacanciers au camping d’Hendaye durant une nuit d’Août 2011. Il est important de mettre les choses au clair dès le début car vous n’allez certainement pas me croire et risquez fort de rire de mes histoires, de les traiter de racontars. Seulement, il est temps, après quelques mois de silence  de dévoiler au monde l’existence d’une créature souvent rencontrée dans les textes peu sérieux, dans les récits du genre « étrange » ou qui servent au cinéma, dans des films à gros budget qui ne font rien, sinon exaspérer encore davantage les critiques. Allons-y. Le loup garou d’Hendaye ne l’est pas. Il est en fait d’Allemagne. Sans vouloir retomber dans des considérations racistes de l’époque hitlérienne, son apparence normale était brune, alors que celle de ses compagnons avait fort à voir avec l’idéal aryen. Pour cette raison, mes amis et moi les nommions comme cela. A première vue, ces personnes avaient tout pour passer des vacances parfaites : un physique de rêve (hommes musclés, filles bien foutues), une disposition très prononcée pour profiter de la vie (fêtes, alcool, discussions interminables…) et une place fort convoitée dans le camping, j’ai nommé : le numéro 23. Mais c’était sans compter sur le molosse de la bande (ils étaient six : trois filles, trois garçons). Nous l’appellerons John. John, il ne faut pas se fier aux apparences, avaient depuis son enfance différents problèmes d’ordre psychologique et existentiel. En effet, à l’âge de huit déjà, le jeune garçon pouvait passer d’une humeur joyeuse à une humeur affreuse en moins de cinq minutes, si bien qu’on le nommait : le petit lunatique. Ses maîtres d’école avaient quelques réserves à son égard. Ce n’était pas les mauvaises notes dues à son manque de coordination mentale, non, mais le fait assez inquiétant qu’il passait la majeure partie de ses récréations à se dissimuler dans les toilettes en attendant qu’un camarade approche et lui bondir dessus d’une façon sauvage pour le battre, lui donner quelques coups de boule, sans raison. Le petit John était la terreur de la cour de récréation, ou plutôt des toilettes car il était difficile de le tirer de là une fois qu’il avait décidé d’y passer les quinze minutes que durait la pause. Les maîtres le mataient avec une grande difficulté car John mordait. Les maîtresses ne s’approchaient même pas de sa tanière à l’odeur d’urine puisque John aimait déjà beaucoup les femmes à l’époque, trop les femmes, d’une manière quasi sauvage. A Dortmund, il n’avait pas tant que ça d’amis, les enfants étaient bien élevés et plutôt calme. Vous vous rendez bien compte que John Wolf faisait tâche dans ce décor paradisiaque de l’Allemagne post apocalyptique. Un jour, pour faire court, sa mère (car son père avait quitté la maison au début de la grossesse de sa mère et on ne l’a jamais revu) a décidé de l’emmener voir quelqu’un et avec beaucoup de difficultés (pour cause, John avait de la force) elle réussit, un mercredi d’Avril 1996. Le verdict du médecin fut sans appel : Lycanthropie clinique. La mère n’a même pas demandé de quoi il s’agissait car elle était juste dans son planning. En effet il fallait qu’elle file chez le coiffeur et jura de se renseigner dans une encyclopédie. Le soir venu, elle eut du mal à trouver le terme après quelques minutes de vagues recherches sur les premiers étages de sa bibliothèque. Malgré la fatigue, elle prit son courage à deux mains et partit voir un ami qui n’habitait pas très loin. L’homme avait fait un ou deux ans de médecine avant de terminer au bois pour reprendre la hache de son père alors, Ada avait pensé qu’il aurait peut-être pu l’éclairer un peu.  Quand elle lui raconta sa visite chez le médecin et le diagnostic énoncé alors, Gunther se mit à rire de la voix gutturale propre à ce peuple et lui expliqua qu’elle s’était faite profondément avoir, que ce médecin était un rigolo, que lui venait de terminer un pavé racontant l’histoire de la littérature fantastique et que ce mot était revenu plusieurs fois sur le tapis au chapitre « Loups Garous ». Ada ne put s’empêcher  elle-même d’éclater d’un rire honnête et rassuré et elle se jura de ne plus croire ce que lui diraient les médecins, ni ces maudits maîtres d’école à propos de son petit.
Les années passèrent sans pouvoir mettre de véritable mot savant sur le comportement quelque peu anormal de sa progéniture maintenant adolescente et Ada se contentait très bien de fermer les yeux, malgré les remontrances multipliées des divers professeurs de collège et de lycée, du médecin généraliste et de sa mère,  Lorelei. Mais jamais son fils n’avait été si beau qu’à cet âge et elle ne pouvait que le contempler, se faire dure d’oreille quand il parlait (car il était difficile pour lui d’aligner deux phrases) et admirer ses muscles naissants. A l’âge de dix-huit ans, John Wolf décida d’effectuer lui-même quelques recherches sur internet, car, malgré son manque de discernement, il avait tout de même remarqué la différence qui se profilait entre lui et son prochain. Son caractère un peu bête et méchant, sinon bestial parfois ne le laissait pas de glace et il avait d’ores et déjà battu une de ses nombreuses petites amies en manquant de lui briser une côte. Personne ne l’a jamais su car la fille avait toujours menti de peur des représailles de son ancien amant mais lui, le savait et il ne pouvait plus endurer le martellement constant que sa conscience provoquait à l’intérieur. Il chercha sans arrêt pendant deux jours la correspondance de ses symptômes avec différentes maladies : John aimait beaucoup la viande rouge et ne pouvait se passer d’en ingérer six ou sept fois par semaine alors que les autres ne mangeaient que deux ou trois steaks durant la même période ; un jour il avait mordu son dentiste qui n’avait ensuite jamais plus accepté de le voir ;  la température de son corps n’était jamais inférieure à quarante degrés, sans que celui-ci ressente le moindre malaise ou la moindre faiblesse due à une température pareille ; il ressentait une colère monumentale monter en lui lorsque quelque chose lui résistait, sans pouvoir y faire quoi que ce soit ; il ne supportait pas bien l’alcool car le breuvage galvanisait ses tendances lunatico hystériques et enfin la lune pleine le laissait toujours K-O dans son lit pendant plusieurs jours ensuite, incapable de savoir pourquoi ses défenses nerveuses avaient tout d’un coup cédé de la sorte. Après avoir fait le compte rendu de ses symptômes à Google, on le mena vers un seul site d’un genre occulte ou il était expliqué la tendance de certains hommes à se rapprocher fortement des créatures fantastiques dans certaines situations. Et apparemment, John était dans la catégorie « loup garou », ce qui le fit rigoler, de par le nom qu’il portait. Il se dit intérieurement qu’il était allé trop loin sur le chemin de la paranoïa ; il réfléchit longuement sur la peur qui l’avait habité durant quelques temps, de n’être pas comme tout le monde mais il fit en sorte de se rassurer lui-même. Si la Terre portait quelqu’un comme lui, ce n’était pas plus mal, il fallait un peu de diversité dans ce monde aux apparences si similaires. Trois années passèrent sans repenser à ses idées saugrenues et sans incident d’aucune sorte. John se fit même un groupe d’amis un été, alors qu’il était parti à Hanovre passer quelques jours. Ils étaient cinq (les mêmes que nous retrouverons à Hendaye) : il y avait Johanna, Nadja et Wanda pour les filles et Hans et Kurt pour les garçons. On aurait dit que ces six-là s’étaient trouvés. Il ne manquait que John pour faire de ce groupe une sorte de melting pot des caractères. Johanna était timide, très réservée et sortait avec Kurt qui lui était un peu le héros du groupe avec des médailles aux championnats de surf après un voyage en Australie où il avait d’ailleurs échappé de peu à une attaque de requin et avait ramené un camarade traumatisé sur le sable. Nadja était la fille séduisante de la bande avec un corps de rêve, une bouche magnifique et un style de pute mais sympa et elle était amoureuse de Hans, le grand intello de la bande, l’espoir de Hanovre en matière de littérature. Il ne restait que Wanda, jeune fille un peu trash à cause d’une famille disloquée et peu d’affection durant son enfance. Elle ne pouvait qu’atterrir dans les bras de John qui, lui n’avait pas eu la vie de famille rêvée non plus. C’est dans ce contexte de grande amitié inséparable que notre histoire, enfin, va se dérouler. Ces six-là avaient décidé de partir ensemble, un an après leur rencontre pour des contrées lointaines, mais pas trop lointaines non plus et on décida à l’unanimité de visiter un coin français dont Hans avait entendu parler dans la biographie d’un de ses auteurs favoris du moment et ce fût Hendaye, proche de la frontière avec l’Espagne et proche de la mer également.
Hendaye est une de ces stations balnéaires qui croulent sous la beauté et dont les campings quatre étoiles croulent sous les réservations. John Wolf et ses amis avaient choisi de ne pas trop se prendre la tête pour des histoires d’argent donc il leur fallait choisir économie et toile de tente. Nous étions un peu sur le même créneau, Marietta, Lenny, Pompeyo et moi mais le groupe des six nous avait précédé d’une quinzaine de jours. Lorsque nous sommes arrivés, un mercredi après-midi ensoleillé, la dame à l’accueil du camping « municipal » nous a donné un emplacement et son numéro, si bien que nous nous sommes un peu rués pour découvrir le lieu dans lequel nous allions passer quelques nuits. Le camping était disposé en allées où, tout en haut il y avait les mieux lotis et plus nous descendions et plus les toits se changeaient en toiles. Ce n’était pas gratuit mais le prix se révélait raisonnable, malgré toutes les entourloupes avec lesquelles les responsables de l’endroit essayèrent de nous faire payer davantage que prévu. Ce camping, composé en « étages » se révélait plutôt calme et attrayant sous le soleil d’Août. Nous n’étions pas conscients de ce qui nous attendait plus tard. Nous avons recherché et trouvé l’emplacement, affublé du numéro vingt-trois mais un problème se révélait déjà : il était pris. Lenny est descendu pour parlementer avec les occupants, au nombre de six, blonds pour la plupart, malgré un brun. Ceux-ci lui ont gentiment expliqué que les gens de l’accueil n’étaient pas au courant de l’anarchie totale qui régnait dans leur camping au niveau des places attribuées. Ils lui ont conseillé de choisir une des places qui se situaient en dessous, après la pente d’herbe, le dernier étage donc, où une petite route passait et permettait aux véhicules d’accéder au parking, non loin de là. Nous étions confiants puisque nos voisins avaient l’air sympathique et les filles étaient bien jolies. Après le déballage des affaires, la montée des tentes, etc…nous avons vaqué à nos occupations, jusqu’à la nuit qui s’est révélée plus agitée que prévu. Je suis rentré dans ma tente, pas très tard car nous avions eu une dure journée et devions nous réveiller tôt. Lenny était dans la tente d’à côté et Marietta et Pompeyo occupaient une grande tente à eux deux. J’étais le plus proche du parking, Lenny et moi étions vraiment très près de la petite route de terre et je me situais à quelques mètres des tentes voisines, mais juste à un niveau différent. J’allais donc m’endormir quand soudain, nos six voisins (qui vous l’avez compris sont par la même occasion John et ses amis) qui étaient parti pour une ballade sont rentrés et ont commencé à profiter de la soirée, sans trop se rendre compte que nous étions présents. Ils ont jacassé durant des heures, les garçons taquinant les filles, les filles insultant tendrement les garçons, le groupe descendant à notre hauteur pour jouer à la pétanque sur le petit chemin de terre vers une heure et demie du matin. Ce fut une nuit très agréable ou chacun de mes laissés aller vers le sommeil étaient accompagné de l’entrechoquement des boules entre elles, ainsi que des rires agaçants (il faut bien le dire) de nos voisins. Mes envies du moment se résumaient en un mot : meurtre. Je n’ai rien fait. Les envies du moment de mon voisin de tente se résumaient en un mot : le même. Il n’a rien fait. Les envies de nos voisins de tente se résumaient à des ronflements je crois bien. Sans pouvoir communiquer nos pensées, nous supportions, comme des lâches notre sort (je devrais bien accentuer le fait que les trois hommes avait l’allure très athlétique et que le troisième, le brun, John, faisait plus de deux mètres et une masse de bœuf). Après cette nuit difficile à appréhender dans sa totalité, nous nous sommes réveillés, trempés par la rosée agréable du matin et des envies de critiquer plein la tête. Ce que nous avons fait une bonne heure devant un petit déjeuner, en exagérant sur le ton de la voix pour que les salops du haut nous entendent bien. Mais ils ne semblaient pas entendre ces faibles reproches, trop alcoolisés sans doute par la veille et emportés bien loin par les eaux profondes du sommeil. La journée passa comme elle devait se passer et le soir revint, un peu craint par nous. Quand le moment fut venu de se coucher je crois que cela allait mieux, mais je ne me rappelle plus exactement, c’est un peu flou dans ma tête, il y a un soir qui m’échappe mais je crois que nous n’avons jamais été véritablement tranquilles avec eux. La nuit du Jeudi au Vendredi s’est déroulée un petit peu comme la première mais la partie de pétanque a été moins longue il me semble. Je me suis donc endormi plus vite mais je n’ai pas fait l’économie de quelques soufflements d’agacement, comme ils n’ont pas fait l’économie de quelques cris et de bien nombreuses paroles inutiles. Devinez qui fût le plus encombré des deux groupes. Six contre quatre, la partie était gagnée d’avance. Le lendemain fut je crois similaire, au moins pour ce qui est du petit déjeuner. Mais nous sommes rentrés beaucoup plus tard que les soirs précédents, espérant un peu les prendre en flagrant délit de bruitages. Mais rien. Soit, ils dormaient, soit, ils n’étaient pas encore rentrés. Sous les coups du doute nous avons décidé de prendre des aises vocales, le temps de se mettre sous la tente. Mais ce n’était pas si drôle pour nous que pour eux, je crois. Croyant être débarrassé de ces tapageurs nocturnes, je me suis blotti nous sans plaisir dans mon sac de couchage, et tout ce passa bien, même si je mis du temps avant de m’endormir. Je me suis endormi. Cinq minutes plus tard je me suis réveillé. Devinez qui arrivaient… Ce soit il n’était pas question de pétanque, en tout cas pas en utilisant des boules pour jouer.
John, Hans, Kurt, Johanna, Nadja et Wanda revenaient d’une soirée passée à Hendaye coté plage où la population s’était faite très dense durant tout le long du Jeudi soir. Ils s’étaient arrêtés pour boire des bières sur la plage, autour de la foule, malgré le soleil qui avait réchauffé les boissons. Ils n’avaient d’ailleurs pas pu les boire. Après cela ils sont allés dans un bar, ont diné ensuite quelque part, dans un lieu plutôt chic près de la mer où les serveurs n’étaient par contre pas très amicaux, il fallait trop patienter pour une boule de glace. Ensuite, après une dernière promenade sur la plage au clair de lune ils ont décidé de terminer la soirée et de passer la nuit au camping, où il faisait bon vivre, où les voisins ne se plaignaient pas trop du bruit et où d’ailleurs ils n’auraient pas eu intérêt de se plaindre. Arrivés sur les lieux John proposa à tout le monde de s’asseoir à la table, près des tentes pour prendre l’apéro. Comme des jeunes gens passaient par là ils ont été conviés à prendre un verre eux aussi. A quelques mètres de là, les tentes silencieuses contenaient des corps assoupis, ou presque. Deux heures passèrent dans la joie et dans l’alcool, après discussions intéressantes sur discussions inintéressantes un des garçons de dix-sept ans environ pris la parole alors que le breuvage commençait à pénétrer sérieusement le sang de John et que son cerveau se faisait assaillir par les idées de violence. Il cherchait seulement le moment pour la faire sortir. Le garçon raconta en fait une blague sur les attributs d’une des trois allemandes, Wanda justement, celle à qui il n’aurait mieux pas valu faire de blague. Il y eu des réponses à sa blague mais elles ne furent pas celle qu’il attendait et auquel s’attendait encore moins son nez. John se leva de table, lui décocha un poing en pleine face et le jeune homme, Jovan (du croate), dégringola par la pente herbeuse et atterrit vraiment très près de la tente des voisins.
Je ne savais pas ce qui était en train de se passer mais j’entendais de partout des cris qui signifiaient qu’une sorte de combat avait cours tout autour de ma tente. Je prêtais l’oreille et des mots me parvenaient comme « arrête », « laisse-le », « calme-toi »…Et puis des grognements et les élans de quelqu’un de très en colère. Puis soudain j’entendis un « BIM », comme lorsqu’on frappe très fort contre un poteau en fer.  Et puis des coups de pieds, oui. Et puis ensuite des reproches adressés à la personne qui frappait à coups de pied l’autre personne. Puis des excuses adressées à l’autre personne qui ne semblait plus pouvoir les entendre : « pardon, je suis désolé, je ne sais pas ce qui m’a pris » etc… Ensuite je ne sais pas, je me suis assoupi après toute cette émotion auditive et cet aveuglement non volontaire. J’aurais pu sortir mais bon…il ne valait mieux pas s’y risquer sous peine de s’en prendre une dans la foulée. Quelques temps après j’ai senti la terre vibrer et des véhicules approcher sur le chemin, se faisant de plus en plus bruyants de par des sirènes de police ou d’ambulance, ou peut-être les deux. Puis je me suis rendormi pour de bon, jusqu’au lendemain.
Quand les rayons du soleil ont effleuré mes paupières, je me suis hâté de sortir pour faire part à mes compagnons de mon expérience. Tout le monde a, bien entendu été tenu en haleine par ce spectacle et Marietta a tout vu ! Elle a décidé de sortir de la tente pour voir de quoi venait réellement le tapage. Et elle n’a pas été déçue. Voici son témoignage :
"Je m’apprêtais à rejoindre Pompeyo qui dormait déjà à poings fermés quand j’ai entendu des cris provenant des tentes toutes proches. J’ai ouvert le zip de la Quechua et j’ai vu un jeune homme par terre, sur notre niveau de terrain et assez mal en point. Il tenait sa main contre son visage et était un peu surpris de ce qui venait de lui arriver. Je le voyais titubant en essayant de se relever, certainement saoul. Mais le grand brun de la bande du dessus est descendu pour aller à sa rencontre et j’ai pensé qu’il allait le secourir. Mais il n’en était rien. Il l’a pris par les cheveux et l’a trainé au loin tandis que les amis des deux protagonistes criaient un peu impuissants. Il s’est approché d’un lampadaire avec sa victime, lui a fracassé le nez contre le poteau et le bruit fut prononcé. Alors que le garçon était à terre, le grand brun a continué de le faire souffrir en lui donnant des coups de pied dans le ventre. Et à la fin, le garçon ne bougeait plus. Un des blonds s’est approché de la bête,figée dans sa victoire facile et l’a attiré au loin comme pour laisser un répit à la victime. Il faut bien comprendre que le grand brun n’était pas un simple gars un peu musclé ; peut-être un peu simple d’esprit, j’en conviens, mais très fort, très gros, très grand, très bourru et à l’air mauvais, en tout cas à ce moment car il poussait des grognements alors qu’il frappait l’autre. Il riait même parfois de cette violence qui ressortait de son être. Il était dans une espèce de transe. C’était peut-être l’alcool je n’en sais rien. Mais en tout cas il eut tout de suite après l’air désolé de son comportement. Il discutait avec son ami blond et éprouvait de graves remords. Des véhicules d’ambulance et de police se sont approchés et le garçon a été emmené rapidement aux urgences tandis que tout le monde racontait sa version des faits. Je suis alors rentré dans ma tente mais je ne crois pas que le grand brun ait été envoyé au poste de police. Un coup de chance surement".
Nous étions en train de prendre le petit déjeuner et nous demandions si John Wolf dormait paisiblement après cette nuit. Nous nous sommes souvent demandé par la suite ce qui avait traversé l’esprit de ce grand animal et Marietta raconta encore l’histoire en ajoutant à chaque nouvelle fois des détails croustillants qui échappaient toujours un peu plus à la réalité des faits, j’en conviens, mais elle m’a juré dire la vérité. Vous voyez, je n’arrive pas moi-même à imaginer qu’elle ait aperçu les yeux rouges de John dans la nuit, un sourire plus pointu que la normal, des poils plus hérissés et une tendance à bondir sur une victime complètement impuissante. Cette histoire est réelle mais je n’ai fait que l’entendre et mes yeux ne peuvent témoigner à ma place.

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