Je ne suis toujours pas sorti de ce film qui avive mon âme de rêveur à chaque nouveau visionnage par les facettes faussement caricaturales qu’il révèle sur l’ancienne Lutèce. On se sent pleinement chez soi, passé minuit, dans les rues pavées arpentées soudain par des voitures anciennes ou des calèches. Choisissez votre époque et laissez-vous convaincre par ses témoins les plus géniaux, dépassez l’apparent déclin de Paris pour pénétrer dans l’Histoire ; à chaque coin de rues les atmosphères capturent vos sens et éloignent les parfums d’un présent maussade. C’est plus que la carte postale de somptuosités architecturales vendues aux quatre coins du globe, c’est un manège où vous perdrez la tête, il suffit d’y monter. Ce syndrome de l’âge d’or étreint toutes les sensibilités artistiques, quelles que soient les époques. Une plaque tournante de l’art sous sa forme la plus éclatante, une délicieuse harmonie visuelle qui vous crible d’inspiration, si vous savez regarder. Woody Allen a compris le sens d’un voyage touristique dans la capitale française et ce n’est point quelque chose à voir pour parfaire sa culture si on n’en ressent pas les mécanismes. C’est une boite à musique qu’il faut remonter pour entendre la mélodie parfois oubliée. Il faut vouloir ne pas passer à côté, il faut pouvoir rentrer dans Paris, dans les dédales de rues, en dépassant les images toutes faites d’une vie bohème à jamais terminée. On nous propose un voyage dans le temps qui démarre lorsque la lumière du soleil est remplacée par la lumière tamisée du jour parisien, par les vibrations qui s’imposent au promeneur solitaire. La journée, c’est un grenier d’antan, la nuit c’est une porte vers des dimensions autres mais éternelles, qui ont été et qui sont encore pour les voyageurs en demande. Mais cette ville permettra-t-elle un jour aux âmes seules du futur de revenir à aujourd’hui ? Ne le cachera-t-elle pas dans les souvenirs à oublier le plus vite possible ? Y-a-t-il quelque beauté à préserver de nos jours qui ne soit pas l’éloge de hier et l’antithèse du présent ? Peut-être les merveilles parisiennes qui peupleront les esprits futurs comme un songe et un moteur de création sont-elles à construire dès maintenant ? C’est même certain. En est-on capable… ? La légende du Paris des années 2010 se fait attendre, on est poussé de regarder derrière mais il ne faudrait pas s’éterniser à l’âge des plumes trempées dans l’absinthe.

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