mercredi 26 octobre 2011

Jeudi 2 Décembre 2010

Les gelées automnales de cette année forcent la disparition des corps, dissimulés sous des strates laineuses. Dans l'air, les balancements du vent sont mêlés à un martèlement négatif. Je ne sais pas si demeure un cœur là-dessous. Les écharpes virevoltent, mais ne lâchent pas prise ; toujours subsiste l'occasion d'étrangler son propriétaire. Vanité de tout accessoire contre la température mancelle ; les dents claquent, les membres tremblotent, les êtres expirent mille fumées. Qu'offre le ciel ? Rien d'autre que sa figure blanchâtre. Cependant, cette atmosphère fantomatique laisse présager une chute. C'est alors que l'imperfection même atterrit sur mon épaule, plus légère qu'une plume. Les yeux victimes du souffle arrogant du vent, je regarde les hauteurs et que vois-je sinon des milliers de nouvelles imperfections qui s'élancent vers le sol, gouttes de pluie ralenties par un nouvel état. La neige promet un manteau hivernal à la morosité de ces parterres. La dame va- t-elle tenir sa promesse ? Je suis en face de l'enfant. Les états d'âmes se sont évanouis dans un oubli temporaire comme le souffle frais se perd dans la nature, une fois expiré. Je choisis de suivre cet enfant. Le garçon brun observe la chute des flocons d'un air ébaubi, confectionne des farces malicieuses, toute contrainte bannie de son esprit. Les couches neigeuses sont telles que je décide de lui montrer égoïstement ma propre application de ces perles tombées du ciel. Des hauteurs de mon appartement j'ouvre la fenêtre sur un monde paralysé de blanc. Lui trouve cela magnifique ; je trouve cela propice à mes envies du moment. Pour donner vie aux jeux qu'il imagine nous nous empressons d'attraper le plus de neige possible ; celle qui se dépose sur les toits. La sensation de la neige sur les mains amuse l'enfant, il y goûte même.
De mon côté, je forme des projectiles avec toute la malice d'un enfant gâté par la vie. Ils ne tardent pas à ornementer le pare-brise des voitures, tandis que les chauffeurs s'arrêtent net pour observer le ciel mystérieux qui lâche sur eux ses missiles glacés. Les passants ne sont pas oubliés. L'incompréhension des visages nous amuse. Il me trouve cruel comme lui n'oserait pas l'être. Les entrées et sorties du tramway sont ponctuées par la chute intempestive de boules de neiges, expédiées d'une main amusée et inconséquente sur les vieux, les enfants, les autres aussi. Mais lorsqu'il ne reste plus de neige sur les ardoises, c'est qu'il est temps de rentrer. La fermeture de notre amusement me rend nostalgique déjà. L'enfant n'est plus là. Je suis seul dans la chambre, les états d'âmes inspirés à nouveau. Je ne sais pas si demeure un cœur là-dessous. Les flocons ont cessé de venir. Le manteau est bien miteux. Elle n'a pas tenu sa promesse. Je me trouve je ne sais où, entre automne et hiver, entre fraicheur et décadence végétale. Air sec, morosité des ultimes mois de l'an deux mille dix.

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