Alors que la pluie s'abattait sur le double vitrage de son appartement londonien, Mark semblait s'être perdu dans un flux de pensées perverses. Il était seul, seul, seul. Pas un ami dans sa luxueuse vie et pour rire ou s'ébaudir il devait sortir les billets. Seulement pour pleurer il avait besoin de rien ni personne ; ressortons les billets pour s'envoyer en l'air, à défaut d'avoir une gueule convenable et un caractère avenant. Du haut de sa Tour pour milliardaire il observait le fourmillement des animaux sociables comme l'aurait fait un génie incompris, un pauvre raté, ou un misérable effrayé par la foule des gens heureux .
La fille du vendredi soir n'allait pas tarder à apparaitre. Quelle allure aurait-elle cette semaine ? Serait-elle appétissante? Espérant qu'il en aurait pour son argent Mark se posait les mêmes questions à chaque fois. Il aimait garder la surprise et payait cher pour que la créature s'étale sur la couverture de soie jusqu'au petit matin.
Mark apprit d'ailleurs à varier les goûts durant ses longues années de décadence sentimentale et d'utilisation mécanique d'une carte de crédit blindée de diamants. Il vit passer dans son lit tout un tas de femelles désespérées qui cherchaient à lui faire croire, pour un surplus de liquide, aux illusions d'un amour propre aux putains. Mark savait justement en son "âme et conscience" que celles-là qui passaient sous ses draps amplifiaient encore davantage le trou béant qu'il se creusait d'un perpétuel coup de pelle vers le néant.
Il entendit sonner à l'entrée, se précipita du canapé vers la porte et jeta un coup d'oeil dans le judas. Ca n'avait pas l'air si mauvais que ça, ça donnait envie sur le coup, bien foutue. Trois minutes passèrent avant qu'il ne réussisse à ouvrir la porte sécurisée par un tas de gadgets plus chers les uns que les autres. Et bien quoi ? Il fallait bien s'assurer une longue vie dans ce monde peu sûr et une personne aussi importante financièrement devait avoir des ennemis, des jaloux, des voleurs à ses trousses, des hommes avides de lingots ; c'est ce que Mark pensait et souhaitait car, au moins quelqu'un se serait soucié de son existence. Il la vit alors et se dit qu'il avait peut-être sous-estimé sa beauté.
Le speech que la jeune demoiselle lui fit l'emplit de désir. Elle parla peu mais efficacement, lui susurra des paroles artificielles à l'oreille et alors monsieur le milliardaire sentit qu'il en aurait pour son argent. Il bandait.
Elle était indéfinissable, ne répondait pas à la caricature habituelle de la pute soumise qu'il aurait dors et déjà allongée, bien qu'elle éveille tout de même chez Mark une envie d'entrelacement. Il glissa quelques billets dans le sac léopard de la sublime créature qui lui prit la main pour le mener dans sa propre chambre comme un enfant à qui on allait faire une grosse surprise, à qui on s'apprêtait à présenter le Père Noël. Tandis qu'elle se déshabillait, Mark contemplait son visage angélique, ses vêtements pitoyables, car d'une très forte exubérance, mais un corps aux mensurations parfaites, un corps qui puait l'amour à plein nez. On ne la payait pas à ne rien faire, cela se voyait. Il lui demanda son âge, elle ne répondit pas et commença son travail ; il se laissa faire, ne posa plus de questions, profita du moment en souriant à l'intérieur de lui ; il serait comblé pour un quart d'heure de sa soirée au moins.
Les minutes de plaisirs passées, ils restèrent collés et s'endormirent sans parler. Dans sa chambre grand standing, Mark ne se sentit pas seul ce soir-là. Comme deux âmes réunies dans la chaleur et l'humidité, Mark et Mary (car elle finit par lui dire son prénom au coeur de l'ébat) rêvaient d'une vie plus favorable. Mark apprécia le moment, car la solitude était son seul fardeau, alors que c'était l'argent seul qui avait conduit Marie chez lui, son seul souhait étant la liberté. Les bras d'un généreux inconnu, qui lui offrirait bien plus d'argent que prévu lors de son départ, était pour Marie la seule perspective positive qu'elle connue en ce vendredi soir. Moins elle voyait son mac, moins elle sentait la peur en elle, peur d'être frappée, abusée.
Depuis ses dix-huit ans elle était désabusée. Elle qui aurait voulu être architecte avait fini à la rue après que ses égoïstes de parents lui aient coupé les vivres. Les disputes parents-enfants peuvent être plus dévastatrices que prévu, même les plus futiles. Celle-ci lui avait coûté sa dignité, sa virginité, son bonheur, sa vie. Elle avait erré à Londres durant des semaines, errant en compagnie des pires ordures qu'on peut trouver. Un jour, alors qu'elle faisait la manche près d'un club de strip-tease, un homme d'apparence rassurante lui adressa la parole, lui donna plus d'argent que l'auraient fait les passants habituels et la complimenta sur sa magnificence, malgré la saleté et les poches sous ses yeux. Elle se laissa aller avec cet homme séduisant qui l'emmena dans son monde. Ce n'est qu'alors qu'il lui fit voir son véritable visage, celui d'un homme d'affaire cruel et égoïste indisposé à la laisser s'en aller quand bon lui semblerait. Elle était piégée et n'avait personne pour la sauver.
Le réveil de Mark sonna la fin de cette nuit de bonheur fictif. Mary traîna un petit peu avant de quitter l'appartement, son client lui donna un pourboire de mille livres et elle se dirigea vers la grande porte, jetant un petit coup d'oeil en arrière qui indiquait une sorte de désespoir, sachant qu'elle devrait repartir dans un autre appartement, avec un autre inconnu alors que celui-ci lui avait semblé doux, ne lui demandant rien de sale et lui prêtant ses bras avides de tendresse. Il l'arrêta deux minutes pour poser une seule question : la reverrait-il ? Elle lui fit remarquer que seul son porte-monnaie pouvait répondre à cette interrogation, sourit, ferma la porte. Mark se rendormit.
La fille du vendredi soir n'allait pas tarder à apparaitre. Quelle allure aurait-elle cette semaine ? Serait-elle appétissante? Espérant qu'il en aurait pour son argent Mark se posait les mêmes questions à chaque fois. Il aimait garder la surprise et payait cher pour que la créature s'étale sur la couverture de soie jusqu'au petit matin.
Mark apprit d'ailleurs à varier les goûts durant ses longues années de décadence sentimentale et d'utilisation mécanique d'une carte de crédit blindée de diamants. Il vit passer dans son lit tout un tas de femelles désespérées qui cherchaient à lui faire croire, pour un surplus de liquide, aux illusions d'un amour propre aux putains. Mark savait justement en son "âme et conscience" que celles-là qui passaient sous ses draps amplifiaient encore davantage le trou béant qu'il se creusait d'un perpétuel coup de pelle vers le néant.
Il entendit sonner à l'entrée, se précipita du canapé vers la porte et jeta un coup d'oeil dans le judas. Ca n'avait pas l'air si mauvais que ça, ça donnait envie sur le coup, bien foutue. Trois minutes passèrent avant qu'il ne réussisse à ouvrir la porte sécurisée par un tas de gadgets plus chers les uns que les autres. Et bien quoi ? Il fallait bien s'assurer une longue vie dans ce monde peu sûr et une personne aussi importante financièrement devait avoir des ennemis, des jaloux, des voleurs à ses trousses, des hommes avides de lingots ; c'est ce que Mark pensait et souhaitait car, au moins quelqu'un se serait soucié de son existence. Il la vit alors et se dit qu'il avait peut-être sous-estimé sa beauté.
Le speech que la jeune demoiselle lui fit l'emplit de désir. Elle parla peu mais efficacement, lui susurra des paroles artificielles à l'oreille et alors monsieur le milliardaire sentit qu'il en aurait pour son argent. Il bandait.
Elle était indéfinissable, ne répondait pas à la caricature habituelle de la pute soumise qu'il aurait dors et déjà allongée, bien qu'elle éveille tout de même chez Mark une envie d'entrelacement. Il glissa quelques billets dans le sac léopard de la sublime créature qui lui prit la main pour le mener dans sa propre chambre comme un enfant à qui on allait faire une grosse surprise, à qui on s'apprêtait à présenter le Père Noël. Tandis qu'elle se déshabillait, Mark contemplait son visage angélique, ses vêtements pitoyables, car d'une très forte exubérance, mais un corps aux mensurations parfaites, un corps qui puait l'amour à plein nez. On ne la payait pas à ne rien faire, cela se voyait. Il lui demanda son âge, elle ne répondit pas et commença son travail ; il se laissa faire, ne posa plus de questions, profita du moment en souriant à l'intérieur de lui ; il serait comblé pour un quart d'heure de sa soirée au moins.
Les minutes de plaisirs passées, ils restèrent collés et s'endormirent sans parler. Dans sa chambre grand standing, Mark ne se sentit pas seul ce soir-là. Comme deux âmes réunies dans la chaleur et l'humidité, Mark et Mary (car elle finit par lui dire son prénom au coeur de l'ébat) rêvaient d'une vie plus favorable. Mark apprécia le moment, car la solitude était son seul fardeau, alors que c'était l'argent seul qui avait conduit Marie chez lui, son seul souhait étant la liberté. Les bras d'un généreux inconnu, qui lui offrirait bien plus d'argent que prévu lors de son départ, était pour Marie la seule perspective positive qu'elle connue en ce vendredi soir. Moins elle voyait son mac, moins elle sentait la peur en elle, peur d'être frappée, abusée.
Depuis ses dix-huit ans elle était désabusée. Elle qui aurait voulu être architecte avait fini à la rue après que ses égoïstes de parents lui aient coupé les vivres. Les disputes parents-enfants peuvent être plus dévastatrices que prévu, même les plus futiles. Celle-ci lui avait coûté sa dignité, sa virginité, son bonheur, sa vie. Elle avait erré à Londres durant des semaines, errant en compagnie des pires ordures qu'on peut trouver. Un jour, alors qu'elle faisait la manche près d'un club de strip-tease, un homme d'apparence rassurante lui adressa la parole, lui donna plus d'argent que l'auraient fait les passants habituels et la complimenta sur sa magnificence, malgré la saleté et les poches sous ses yeux. Elle se laissa aller avec cet homme séduisant qui l'emmena dans son monde. Ce n'est qu'alors qu'il lui fit voir son véritable visage, celui d'un homme d'affaire cruel et égoïste indisposé à la laisser s'en aller quand bon lui semblerait. Elle était piégée et n'avait personne pour la sauver.
Le réveil de Mark sonna la fin de cette nuit de bonheur fictif. Mary traîna un petit peu avant de quitter l'appartement, son client lui donna un pourboire de mille livres et elle se dirigea vers la grande porte, jetant un petit coup d'oeil en arrière qui indiquait une sorte de désespoir, sachant qu'elle devrait repartir dans un autre appartement, avec un autre inconnu alors que celui-ci lui avait semblé doux, ne lui demandant rien de sale et lui prêtant ses bras avides de tendresse. Il l'arrêta deux minutes pour poser une seule question : la reverrait-il ? Elle lui fit remarquer que seul son porte-monnaie pouvait répondre à cette interrogation, sourit, ferma la porte. Mark se rendormit.
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Le monde n'est pas un foyer sécurisant, même pour celui qui a les moyens de se faire construire des châteaux d'acier.
Au-delà de ses ennuis en matière de santé mentale, de son impossibilité à avoir une vie sociale saine et des soucis de gestion de son empire financier, Mark craignait plus que tout, la distance temporelle inconnue qui séparait l'humanité de sa perte, les heures de querelle intérieure sur le démon du terrorisme et les cauchemars récurrents qui baignaient ses courtes nuits de sueurs froides. Il fallait pourtant continuer de voguer dans le silence des mystères terrestres, sur une mer inconstante aux vents parfois violents. Ce n'est pas que Mark n'ait pas pensé à mettre un terme à ce point d'interrogation hypertrophié d'une défenestration pure et simple, mais là encore des doutes se bousculaient à l'intérieur de son crâne et contrariaient la bonne marche de ce projet. En effet, n'aurait-il pas fallu qu'un homme de son rang trouve manière originale de mettre fin à ses sombres jours ? Bien entendu qu'il aurait été nécessaire que Mark cogite plus intensément là-dessus, seulement il n'en avait plus la force et abandonnait toujours son dessein qu'il prenait néanmoins soin de ranger dans un coin de son esprit comme ultime subterfuge pour se sauver la vie ...
Lorsqu'il en avait le temps il songeait à la jeune prostituée qui avait partagé son lit une nuit de trouble. Elle s'appelait Mary et c'était tout ce que ce milliardaire paumé savait d'elle. Il aurait aimé la revoir le plus rapidement possible, revoir son être, en avoir le coeur net. Plus les heures s'étaient écoulées cette nuit durant, plus Mark avait éprouvé de la peine à devoir la quitter et parallèlement son estime pour la créature malheureuse s'était accrue.
Il y pensait pendant des heures désormais et ne trouvait de temps que pour cette activité somme toute agréable. Il planifiait en son for intérieur le coup de fil qu'il passerait à Mary quelques jours plus tard, les billets qu'il n'hésiterait pas à multiplier encore et toujours pour qu'elle accepte de faire connaissance avec un homme dans le brouillard. Cependant, il n'irait pas jusqu'à oublier la petite collation que réservent à l'habitude les femmes de son acabit et que refusent certains imbéciles dans les films pour montrer leur bonne foi, leur gentillesse, leur désintérêt vis-à-vis de ces pratiques dégueulasses pour prouver à la pute qu'ils aiment qu'il y a entre eux et les autres un fossé infranchissable. Des hypocrites finalement.
Tout semblait parfait, tout devait l'être, car Mark n'était pas habitué à l'échec de ses plans. Mais que voulait Mark ? Que cherchait-il dans sa démarche ? La réminiscence d'un bonheur passé ? La promesse d'un véritable changement dans sa misérable vie de riche ? Il l'ignorait ; on le poussait seulement le faire. Vous savez ces forces incontrôlables que l'on porte en soi et qui gouvernent nos actes à certaines heures, quand notre libre arbitre se fait supplanter par un verre de whisky ou par un on ne sait quoi.
Mark fixa la date ; ce serait un dimanche soir, pour changer et cela permettra que ce jour ai un intérêt inédit. Il aurait voulu lui offrir un diner, sans passer pour un suppôt de Richard Geere, mais pour se remplir la panse après une séance de culbutage.
Il fallait vraiment qu'il arrête de penser de la sorte.
[Coule lui un bain tant qu'à faire ! Non tu vas seulement passer une bonne heure dans la chambre, après, tu la vires et tu ne la revois jamais, tu continues le train train habituel. Allez quoi merde c'est de la folie ! tu t'enfoncerais dans un tel pétrin que je ne pourrais plus te tirer de là.]
Mark se vida l'esprit pour ne plus entendre les conseils de son mauvais génie.
Un diner aux chandelles pourrait être une bonne idée. Mais en fait non. Trop cul-cul. Plutôt du champagne dans la chambre, un peu de caviar à la limite, mais pas la totale, pas pour cette fois-ci en tout cas.
Considérant la situation comme étant sous contrôle, le milliardaire passa un coup de fil à la jeune femme qui accepta l'appel des billets sans se douter de ce que Mark préparait. Il ne restait plus qu'à patienter quelques jours, quelques nuits à attendre le grand soir, celui où peut-être tout allait changer. Il avait de l'espoir ; c'était désarçonnant pour le mauvais génie qui s'affaiblissait, recroquevillé dans un coin sombre de l'esprit de Mark. C'était surtout désarçonnant pour l'homme lui-même qui s'étonnait de ce soudain optimisme. Les craintes paraissaient même avoir disparues. Il ne restait qu'un cocon qui allait s'ouvrir prochainement.
Toute la joie intérieure du trentenaire s'exprima sur les touches de son grand piano noir. Il laissa glisser ses doigts tremblants d'excitation qui firent naitre des symphonies plus qu'enfantine, car elles n'avaient aucun sens. Mais en fallait-il un ? On eut dit que trois gamins se seraient amusés à narguer leur pianiste de père en jouant d'une manière dingue et saugrenue. Il s'en fichait et prit plaisir à bousculer les codes de la musicalité durant des heures entières, jusqu'à l'épuisement. Il était alors vendredi.
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Il n'était pas seul et plus elle approchait du centre, plus elle percevait des silhouettes, celles de personnes avec qui l'homme était occupé à discuter et qui lui faisaient face, assis confortablement dans les sièges rouges du premier rang. La moquette empêchait les talons de faire leur travail habituel, c'est-à-dire de prévenir une arrivée d'un claquement énervant. Le professeur savait qu'elle était là puisqu'il la fixait tout en continuant son discours ; les autres semblaient hypnotisés par les paroles de celui-ci. Suivant finalement le regard de leur maitre, les sept élèves, trois filles et quatre garçons remarquèrent la nouvelle. L'homme interrompit son cours pour accueillir chaleureusement la jeune fille timide et gênée. Il présenta les autres et elle mit quelques secondes à oublier leur prénoms tant leur présence la désintéressait, elle qui était pétrifiée par l'angoisse que lui inspirait ce lieu si vaste. On l'invita à s'asseoir parmi les autres et de fil en aiguille elle s'intégra au groupe.
Cela dura quand même trois longues heures, ponctuées par d'intéressantes discussions, par des exercices d'assouplissement de la voix, des jeux de mime et des monologues éprouvants. Son angoisse passait, elle se sentait en sécurité et le professeur la rassurait. Les camarades de théâtre n'étaient pas méchants non plus. Quand vint la fin de la séance, elle resta discuter quelques temps avec tout ce beau monde, paya 40 livres et finit par s'en aller en sautillant (elle avait retiré ses talons). A l'extérieur du bâtiment le soleil, pourtant rare en cette fin de mois de novembre, éclairait la rue. Elle ressentit une étrange satisfaction, produite sans nul doute par l'effet d'épanouissement éphémère qui émanait de son être.
Mary était déjà en retard. Ce serait le troisième homme de la journée, le troisième sacrifice de son dimanche. Il fallait pourtant le subir pour survivre, car grâce à cela elle continuerait le théâtre. Sur le chemin elle avançait d'un pas hésitant ; il lui était bien difficile de revenir à la dure réalité des choses. Sa réalité, celle d'être une pute, elle la haïssait. Qui ne l'aurait pas haï d'ailleurs ? Un supplice quotidien, la sensation de perdre à chaque fois une parcelle de son intégrité, de mourir davantage, de s'éteindre à petit feu, étouffée sous un inconnu avec l'honneur bafoué par le troc de son corps. Il suffit qu'elle pense à ses parents un instant pour que la flamme de la rage soit ravivée et que ses yeux crient vengeance, avant de laisser s'échapper un torrent de larmes ; et personne pour radier sa peine. Elle se savait courageuse, à 21ans, d'avoir subi toute cette violence sans sombrer dans un dégout total de l'existence. Il en fallait des couilles pour supporter des ordures pareilles. Elle attendait patiemment le jour où l'occasion de massacrer son mac se ferait connaitre. Elle ne se priverait pas ; dans son cas la vengeance lui paraissait juste
Pour le moment Mary se devait de sécher ses larmes, elle quitterait la rue, elle aurait sa revanche sur la vie, sur ses parents, sur son mac. Tout cet espoir laissa place à des questionnements plus futiles. L'homme du nom de Mark, chez qui elle se rendait méritait qu'elle honore le paiement. Ne l'avait-elle pas déjà vu ? Ne l'avait-il pas déjà pénétrée ? Ce prénom lui était familier .
Elle arriva en face d'un grand immeuble luxueux et, devant la porte elle composa le code que Mark lui avait donné par téléphone. Mary entra dans un grand couloir au sol brillant et emprunta l'ascenseur qui la conduirait vers une énième exécution de sa virginité.
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Ce soir-là, dans l'appartement de luxe d'une rue dont j'ignore le nom, Mark ne fit pas de vaines promesses à une enfant du trottoir ; il s'évertua uniquement à lui faire oublier, pour une nuit, la triste manière dont elle était contrainte de gagner le pain quotidien ; il la mit à l'aise en troquant une Gymnopédie mélancolique contre quelque musique plus avenante et en lui proposant la coupe de champagne qui le titillait lors des préparatifs. Elle refusa malgré tout de trinquer avec ce client, ignorant tout des raisons de cette parade étrange, se posant de multiples questions : Pourquoi ne la prenait-il pas dans la chambre ? Il avait pourtant donné une liasse conséquente de billets. Elle se trouvait dans une situation dérangeante, ne souhaitait pas s'enivrer dans de telles conditions. Que de chiqué pour quelqu'un qui passe son temps à coucher à droite et à gauche, pour moins que cela, avec les plus grands salopards de Londres. Mark, lui, n'avait pas du tout l'allure d'un salopard, il aurait pu l'être, car comme dit la phrase célèbre : << L'habit ne fait pas le moine >>, pour autant on pouvait sentir sur lui qu'au-delà de ses usuels élans de perversion mentale, dus pour une grande part à la solitude qui l'assaillait quotidiennement, une aura bienveillante se dégageait de sa personne.
Mark sentit que Marie ne se trouvait pas à son aise malgré tout et prit la soudaine décision de lui expliquer le pourquoi du comment. Il parla durant dix longues minutes. Elles lui parurent longues, car il ne réussit pas à dire clairement le fond de sa pensée. Il démarra lentement avec des hésitations timides qui firent sourire la jeune femme ; Marie aimait les hommes qui prenaient des pincettes. Ensuite, ce fut moins hésitant puisque Mark se lança dans une déclaration, brûlant finalement d'un désir inexplicable pour cette péripatéticienne anglaise, rendue mûre avant l'âge par sa fonction d'objet. Son désir, pourtant, ne se limitait pas aux plaisirs charnels, il dépassait de loin l'envie d'elle, de son corps ; il avait depuis l'autre soir la bizarroïde impression qu'elle n'était pas qu'une simple actrice, choisie un soir d'isolement pour distraire un milliardaire assoiffé de sexe qui ne tarderait pas à périr de suffocation sous une cascade de billets. Non, elle n'était pas cette comédienne ou même ce pion, le jouet d'une pulsion animale. Elle sut alors que Mark la considérait différemment, non pas comme la déesse torride qui vibre sous la couette en soie d'un vieux dégueulasse, mais comme une personne. Ce n'était pas tout. Une personne oui, mais il continua de plus belle. Mark avait compris quelque chose ; elle était un signe, le bon augure, celui de la fin de tout ce qu'il avait connu jusque là. Fin de la solitude, destruction de cet amour pervers de la solitude. Oui, elle était pour cet ancien romantique l'unique : la femme qui le sauverait et qu'il sauverait par la même occasion.
Cela effraya grandement Marie qui ne savait pas comment réagir à l'élan de ce sentiment d'amour qu'elle ne connut jusque là que durant l'enfance. Elle ne trouva rien de mieux que la fuite. Courage fuyons .
Elle courut, les talons aux pieds ; autant vous dire qu'ils ne firent plus long feu. Mark resta tétanisé par un pot-pourri de sentiments entremêlés. Honte, joie, tristesse, honte encore. Il ne pouvait d'ailleurs rien tenter, car il l'effrayerait encore davantage. Il se contenta de rester assis donc, en sifflant la bouteille entière de champagne. Il coupa tout de même la musique attrayante qu'il trouvait, en définitive, carrément nulle. Il s'endormit sur le sofa, bordé par l'atmosphère grave du piano d'Erik Satie.
L'aurore et une migraine réveillèrent Mark. Affalement sur le sofa, un aspect peu glorieux, des bribes de souvenirs qui martèlent l'intérieur fragile d'un crâne mortifié par le champagne. Regardez-le, ce preux chevalier a laissé filer sa belle. Oui oui, tu n'as plus qu'à sortir la Jaguar et rouler dans tout Londres jusqu'à ce que tu la retrouves. On ne laisse pas s'enfuir un être si faible ; il pourrait se mettre inutilement en danger. Mark, tu es très con, ton argent ne te sauveras pas. Non non, pas le temps de boire quoi que ce soit, le café attendra, tu auras tout le temps de te morfondre plus tard, lorsque la moindre de tes chances aura disparue. Il obéit.
Il prit la voiture, trouva le quartier approprié, se gara, pria pour qu'on ne la lui vole pas et les choses sérieuses débutèrent en cette belle matinée. Une heure de recherches inutiles ; pas de trace de Marie. Elle dormait surement encore, il n'avait même pas songé à lui passer un coup de fil, trop pressé par cette voix intérieure. Il retrouva sa précieuse voiture et rentra sur les lieux du crime de la veille. Un café et demi plus tard, Mark composa le numéro de service d'une pute qui n'en était plus une pour lui ; pas sans nausées. Elle ne répondit que la seconde fois, on sentait bien qu'elle était en train de roupiller, à son humeur, à sa voix. Elle raccrocha. Il rappela. Elle répondit et avant de raccrocher à nouveau, elle écouta tout de même ce que Mark avait à raconter. Puis rien. Il alluma la chaine, lança un morceau au hasard, ce fût la Pavane pour une Infante Défunte de Ravel. Il se rendormit sur le sofa. Echec cuisant, nous essayerons un autre jour.
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Les maigres économies d'une prostituée comme Marie n'en sont pas. Pour cette raison elle ne tarderait plus à acquérir le butin de ces douloureux mois de marchandage corporel. Elle se rendrait d'abord chez le concessionnaire automobile le plus proche, s'enquerrait des tarifs les plus modiques et enfin, sortirait du garage dans une de ces voitures simples, mais élégantes dont on ne regrette jamais l'achat. Fin. Marie n'appartiendrait plus à personne, si ce n'est peut-être à la liberté et encore !
Elle filerait le long des routes anglaises, comme ces évadés qui cherchent à disparaitre, quel qu'en soit le prix ; elle plongerait du haut d'un gouffre pour ne plus regarder en arrière, comme Thelma et Louise. Mais pour le moment, la sonnerie du téléphone l'immergea dans une réalité toute autre, là où ses rêveries d'idéal n'avaient point de consistance . A contre-coeur elle s'y résigna et se saisit de l'appareil. La conversation avec Mark fut assez brève.
Une promenade nocturne et aérienne, la bizarrerie de cette idée n'en retirait pas pourtant son intérêt. Partir, c'est bien ce qu'elle souhaitait non ? En voiture, en avion, c'est la même chose, on avance. Je crois même que la seconde est encore meilleure. Il voulait parler, parler de l'autre soir et cela faisait cinq jours que le pauvre tentait de la joindre. Seulement, elle ne pouvait avoir d'échange avec cet homme avant aujourd'hui, aussi spécial soit-il. Par l'entremise d'une angoisse incontrôlable, il avait fallu qu'elle se purge l'esprit du discours amoureux duquel elle avait été la cible. Lorsqu'on n'est plus accoutumé d'entendre des paroles douces provenant du coeur et non pas d'un désir purement sexuel, il se produit en nous un effet de rejet immédiat, comme une protection face à ce qui voudrait nous déconnecter de l'habitude ; et même si cette habitude nous déplait profondément, nous sommes soumis inévitablement à ce système d'autodéfense de la routine. Il aurait fallu expliquer tout cela à Mark, mais comment ? Le brouillard se faisait tel qu'il manquait à chaque instant de la happer, de l'étouffer par son emprise. Le plaisir qu'elle avait ressenti en entendant ces belles paroles commençait tout juste à se faire connaitre. Sa sympathie pour Mark ne faisait alors qu'augmenter plus les heures passaient. Ne finirait-elle pas à se métamorphoser en désir, voir en amour ? Elle l'ignorait tout simplement. Cela faisait désormais de longues années que Marie ne se posaient plus ce genre de questions. Tout allait de soi. On avait grand besoin d'argent, si bien qu'on se jetait dans les bras du premier inconnu. La monnaie durement gagnée lui permit de se dire qu'il n'en était plus de même dorénavant.
Le seul obstacle qui se dressait encore devant la réalisation de son rêve du lointain était son mac. Elle ne le voyait qu'une seule fois par semaine et c'était une chance car elle n'aurait pas pu en dire autant quelque mois auparavant où celui-ci demeurait encore épris d'elle. Il l'appelait sa préférée. Cela lui avait d'ailleurs permis d'obtenir une plus ou moins grande indépendance dans le métier. Elle pouvait garder l'argent qu'elle empochait sur le vif, sans en rendre trop compte à celui-ci. Les seules courbettes qu'elle lui devait encore étaient dues à l'appartement que le mac lui avait offert au début de leur rencontre (un vieil appartement du moins , mais un toit pour subsister) et la grande crainte que l'homme lui inspirait. Cela ne dépassait pas la haine qu'elle éprouvait pour ce dégueulasse, mais tout de même, il lui en aurait fallu du courage pour élever la voix.
Elle était lâche. Le déshonneur ressenti par ses parents la tuerait si elle en avait quelque chose à faire. Où étaient-ils pendant qu'elle pleurnichait toute la nuit durant dans les rues froides d'un Londres menaçant ? Loin, très loin. Elle ne préféra plus penser à ceux qui provoquaient en elle le pire déchirement, la plus gigantesque déception.
Après mûre réflexion elle provoquerait le destin. Elle tuerait son mac. Elle essaierait du moins.
Elle ne parvint pas à le tuer ; il est difficile de tuer et c'était une fille bien, jusqu'à ce que lui l'affale sur le parterre d'un coup de revolver.
Mark l'apprit en lisant le journal du matin. On n'eût plus de nouvelle de lui. Il serait parti autre part.
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