Si vous l’ignorez encore, je vais vous révéler un secret de
polichinelle : être une célébrité, ce n’est pas toujours une partie de
plaisir.
Tenez, aujourd’hui, je
sors pour faire une de ces promenades hivernales qui me revigore les sangs, en
ayant pris soin, au préalable, d’emmitoufler mon visage dans un voile noir à la
mode islamique qu’une paire de Ray-Ban vient compléter, afin de me rendre à peu
près humain (ou inhumain, c’est selon). Au sortir du loft, dans le froid de la
rue, j’évite de me pavaner, comme je le fais habituellement. Vous n’imaginez
pas à quel point il est difficile pour moi (et, en général, pour nous autres
les gens importants) d’adopter la démarche trainante et insignifiante de la
normalité. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour passer incognito ! Je marche
donc, lentement mais sans m’arrêter, avec pour toile de fond un Champ de Mars
agité où des groupes de jeunes filles au postérieur remarquable se déplacent
dans un même mouvement hypnotique, envoutant au passage la populace masculine
banale qui traine sur les pelouses grelottantes ou qui slalome entre les arbres
minces. Il faut savoir qu’une star aime se faire voir, elle a cela gravé en
elle, c’est une habitude qui a la vie dure. Devant une flambée de déesses,
aussi inconsistantes soient-elles, la star a le devoir de se découvrir.
Sacré toi, me dis-je en
retirant mon voile sous l’impulsion de mon réflexe de mâle.
Pas besoin de vous le dessiner
; presque instantanément les regards se tournent vers la lumière désormais
dévoilée.
Maintenant,
imaginez-vous la voix subtile et discrète de la jeune admiratrice :
— Monsieur F, blablablabla…
style XIXème.
Ah non, pas ça, tout
mais pas ça !! C’est la troisième fois cette semaine qu’on me la sort.
Faites-moi tous les compliments que vous voulez, mais pas celui-là !
D’ailleurs, c’est la fois de trop. Je vais changer de style. D’accord. Vous
l’aurez cherché. Écrivons XXIème.
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