mardi 11 décembre 2012

Journal de salubrité intime




   Si vous l’ignorez encore, je vais vous révéler un secret de polichinelle : être une célébrité, ce n’est pas toujours une partie de plaisir.
   Tenez, aujourd’hui, je sors pour faire une de ces promenades hivernales qui me revigore les sangs, en ayant pris soin, au préalable, d’emmitoufler mon visage dans un voile noir à la mode islamique qu’une paire de Ray-Ban vient compléter, afin de me rendre à peu près humain (ou inhumain, c’est selon). Au sortir du loft, dans le froid de la rue, j’évite de me pavaner, comme je le fais habituellement. Vous n’imaginez pas à quel point il est difficile pour moi (et, en général, pour nous autres les gens importants) d’adopter la démarche trainante et insignifiante de la normalité. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour passer incognito ! Je marche donc, lentement mais sans m’arrêter, avec pour toile de fond un Champ de Mars agité où des groupes de jeunes filles au postérieur remarquable se déplacent dans un même mouvement hypnotique, envoutant au passage la populace masculine banale qui traine sur les pelouses grelottantes ou qui slalome entre les arbres minces. Il faut savoir qu’une star aime se faire voir, elle a cela gravé en elle, c’est une habitude qui a la vie dure. Devant une flambée de déesses, aussi inconsistantes soient-elles, la star a le devoir de se découvrir. 
   Sacré toi, me dis-je en retirant mon voile sous l’impulsion de mon réflexe de mâle. 
  Pas besoin de vous le dessiner ; presque instantanément les regards se tournent vers la lumière désormais dévoilée.
   Maintenant, imaginez-vous la voix subtile et discrète de la jeune admiratrice :
 — Monsieur F, blablablabla… style XIXème.
   Ah non, pas ça, tout mais pas ça !! C’est la troisième fois cette semaine qu’on me la sort. Faites-moi tous les compliments que vous voulez, mais pas celui-là ! D’ailleurs, c’est la fois de trop. Je vais changer de style. D’accord. Vous l’aurez cherché. Écrivons XXIème.

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