mercredi 15 février 2012

Les lendemains...


C’est un champ de maïs dont la lueur de l’aube éclaire quelque peu les pointes grillées par la sécheresse des jours passés. Nous sommes au mois de Juin et déjà l’eau se fait rare. Au milieu de tous ces germes morts nés, un jeune homme est affalé, écrasant sans remords aucun le labeur d’un fermier encore au lit. L’arrivée prochaine du Soleil se fait déjà sentir mais n’est pour l’instant qu’une vague palette de couleurs allant du rose au pourpre, que la silhouette alcoolisée observe, les yeux mi-clos, l’esprit dans le gaz, tout en se mordant les lèvres pâteuses. Impossible de se lever, c’est l’envie qui manque. Sa tête n’est qu’une ruine, une ancienne masure soufflée, ravagée par un attentat. Envie ou besoin de vomir, il ne saurait dire. Des litres semblent vouloir sortir par où ils sont entrés hier soir. Sensation affreuse, sans nul doute la pire du monde. Genre de mal qui fait regretter d’être porté vers la boisson et jurer qu’on n’y retouchera plus jamais. Promis. Promesse de quelques jours, le temps que le mal se dissipe. Autour de lui, d’autres âmes obstruées par le trio vainqueur : vodka, rhum, gin sont étendues soit sur la terre, soit sur l’herbe et la rosée caresse leur chair, participe de cet élan consistant à ramener tout ce triste lot à la vie. Le groupe ne comporte pas de filles. Les filles sont plus loin, sous des tentes, protégées de tout. Quelques filles, aussi mal en point dans des sacs de couchages. La toile est étouffante, il faut de l’air, il faut sortir, se rouler dans l’herbe, peut-être que ce sentiment d’explosion prochaine passera. Se rouler une cigarette, surtout ! A présent, le jeune homme titube, à la recherche d’une bottine égarée. Chaussettes toutes trempées. La lumière, si faible soit elle est difficile à supporter. Des milliers de casseroles semblent s’entrechoquer à l’intérieur de sa tête. Hypersensibilité au jour. C’est l’heure de trouver un coin de verdure, de préférence où chante une rivière, pour se désensibiliser le foie et expédier le plus loin possible de lui ce maudit éthanol. Il s’éloigne de ses congénères qui petit à petit refont eux aussi surface, retournent à la lumière, disent "à la prochaine" aux paisibles ténèbres. Un rouquin aux dents bien jaunes se lève très vite, semblant avoir passé une longue nuit dans un lit douillet après un bon repas et une tisane au romarin. Mais ce n’est qu’une illusion, un mirage de l’aurore. Cette hâte s’explique par le fait que le garçon n’a pas lésiné sur la bière durant la nuit et est bien parti pour pisser des litres sur un chêne qui menait jusqu’à présent une honorable existence. A côté de lui il y a quelques corps qui sont encore dans le coma. Un zip se fait entendre et des jambes nues apparaissent à l’extérieur de la tente bleue. Les cheveux en bataille et les cernes bien établies sur son joli visage, une blonde traine ses pieds dans l’herbe fraiche et humide, comme pour effectuer un rituel visant sans doute à guérir sa tête du mal qui l’assaille et qui frappe à chaque secondes. Le Soleil se lève à l’est. Après avoir exagéré on a la gueule de bois. Ainsi va la vie. Le jeune homme a vomi, la vessie du roux is empty, la fille a terminé son rituel. Sans succès. Ceux-là vont tenter par tous les moyens d’oublier ce mal qui persiste. Sans cesse ils se plaignent, l’un après l’autre et décident finalement de parler d’autre chose. La soirée d’hier. Les bêtises. Les embrassades à travers champ. Les règlements de compte. Les déclarations d’amitié. Les effets non moindre de ce mal, toujours le même. Les visages se font pâles, les personnes s’ennuient, rentrent en elles-mêmes et jugent autrui. Tiens, ce roux-là me dégoute, dit une des beautés présentes. Elle veut mieux, ça c’est certain. Comment fait­-il pour supporter la laideur collée à sa peau ? Puis alors ce roux-ci se dit qu’il tenterait bien sa chance avec l’une d'elles. Justement, la même qui le voit comme une sorte de monstre. Le matin donne des idées. On a qu’une seule envie, au sein de ce groupe, c’est de prendre une douche, de se défaire de cette couche de saleté, des idées folles de la veille et du masque qui tient trop chaud. Le ciel n’est plus rouge, le ciel est bleu clair. Une belle journée commence. Petit à petit, le groupe se disloque, ses membres rentrent chez eux. Le dernier présent attend que son père daigne venir le récupérer, s’allonge plus loin dans une herbe généreuse. S’endort. On le croirait mort si jamais on passait par là.

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