L’hiver qui persiste
dépose comme une nappe de sucre glace sur le marron-vert des terroirs dont la
beauté, s’il en est une véritable ne se révèle que par le regard émerveillé
d’un enfant, à travers un hublot d’avion. Seule la prise de distance permet de
ne pas prendre tout ceci pour un marécage de couleurs sales, de tons boueux. La
blancheur que nous offre ces trois mois de rigidité froide et le flocon,
magnifique et unique qu’il m’a été donné de voir la nuit dernière se poser
délicatement avec ses frères à trois heures du matin sur la route, au creux de
ma main ou sur les sapins suffocants dans le noir, mourant lentement dans le
vent, sous l’œil rieur d’une étoile minuscule et loin de tout ça, déjà morte
depuis des lustres et des lumières, me donne paradoxalement le goût de la vie.
Le confort qu’instaure l’hiver, Rimbaud le redoutait. Pour moi il est
l’occasion d’une lutte acharnée entre immobilité mortifère et mouvement obstiné
des êtres. Jamais figé, jamais enserré par la main de glace de la nature.
Humanité nue qui se jette dans la neige pour y dessiner des ailes d’ange dans
un étirement victorieux des bras. L’homme est un flocon, brillant dans sa chute
qui ne disparait jamais vraiment. Sublime et faussement condamné.

"C'était l'explosion du nouvel an : chaos de boue et de neige, traversé de mille carrosses, étincelant de joujoux et de bonbons, grouillant de cupidités et de désespoirs, délire officiel d'une grande ville fait pour troubler le cerveau du solitaire le plus fort."
RépondreSupprimerUn Plaisant, Le Spleen de Paris, Charles Baudelaire.
Je recevrais toute la cupidité et le désespoir du monde en échange d'un flocon, dont je n'ai pas vu le reflet depuis, hélas, déjà un an.