jeudi 3 novembre 2011

La divine promenade

Un jour, alors que j’étais en train de marcher dans la rue,  j’ai arrêté un passant pour lui demander ce qu’il en était de Dieu. Étonné, choqué même, il m’a regardé avec de grands yeux comme si je lui demandais la Lune et apeuré sans doute, il s’est enfui à toute vitesse.
Que faire, sinon poursuivre ma route pour trouver quelqu’un d’autre ? Eh bien, rattraper ce salop pour avoir une réponse ! J’ai donc dévalé l’escalier par lequel l’homme d’une quarantaine d’années avait commencé son échappée et puis, à pas de loup j’ai tenté de le localiser parmi la foule grouillante à cette heure de pointe. Ne sachant plus vers quel chemin me diriger, j’ai commencé à paniquer par peur que la réponse tant attendue m’échappe en même temps que le fuyard. Et je ne voulais surtout pas demander cela à quelqu’un d’autre car j’avais été comme guidé par une force inconnue vers ce bougre.  Alors j’ai pris le premier chemin qui se présentait à moi, courant comme un joggeur dans le labyrinthe de la ville et une dizaine de gens du peuple me fixait, inquiète pour moi, pour ma santé mentale. Je riais intérieurement de leur ignorance puisque je me trouvais dans une situation critique qui les concernait eux-aussi, une croisade pour retrouver Dieu, disparu depuis pas mal d’années et la dernière fois qu'on en avait entendu parler, on l’avait dit mort. Et là, miracle ! J’ai retrouvé mon gars, devant la vitrine d’un magasin luxueux, occupé à choisir une montre et comme il ne faisait pas attention à ce qu’il se passait autour de lui, dans l’univers de la normalité, je me suis approché par derrière, l’ai attrapé par la gorge et enfin me suis amusé à lui frotter le crâne comme l’aurait fait un grand frère, car oui, nous sommes tous frères ! Il n’a pas su quoi faire à part crier mais d’autres ont su comment réagir…comme une vieille dame qui s’est mise à me battre à coup de sac à main. Je ne pouvais rien faire pour me défendre car si j’avais lâché ma prise elle se serait échappée comme une biche dans un sous-bois. Pourtant, quel plaisir cela aurait été de pouvoir me venger de cette vieille-là. Et s’il n’y avait eu qu’elle… mais d’autres l’ont imité. Un gros black s’est approché de moi et sans même parlementer m’a décoché un coup du droit qui m’a en quelque sorte fait rejoindre celui que je cherchais depuis le début, pour quelques minutes. Au retour d’un faux paradis où j’ai pu rencontrer quelqu’un qui se faisait passer pour Dieu, j’ai ouvert les yeux et me suis trouvé allongé sur un banc, dans le froid, dans la nuit, avec une douleur très forte au visage. Il n’y avait plus personne autour. Je me situais au même endroit, près de la boutique de montres, mais la rue était comme vidée de tout ce bordel humain, pas un chat pour me rassurer. Quelle panique ! J’avais beau crier pour demander à une âme de se manifester que l’écho de ma voix me revenait en pleine figure, en  titillant encore davantage ma blessure. Je me suis dirigé à droite et à gauche, dans d’autres rues, d’autres quartiers, mais plus rien. Je ne devais pas me trouver dans  la même dimension en vérité, pour qu’un phénomène si singulier se produise devant moi. Etais-je mort ? Non. Etais-je perdu ? Oui, totalement. Alors j’ai fait ce que tout le monde aurait fait à ma place : je me suis assis par terre pour pleurer comme une fillette. Là, directement, quelqu’un s’est approché au loin et plus je distinguais la silhouette et plus elle me semblait familière. Homme grand et brun. C’était moi. Je n’ai pas su quoi me dire au départ et finalement, une seule question m’est venue à l’esprit : « qu’est-ce que tu fais là ?! »Et je me suis répondu d’un air cynique : « tu cherchais Dieu, non ? ». Puis, un quart de seconde à suffit pour que le paysage environnant disparaisse et que le même paysage réapparaisse mais avec des gens pour le peupler, des gens attroupés autour de moi (couché sur le sol gelé), me demandant si ça allait, si je ne voulais pas que l’on appelle une ambulance. Mais non, ça allait bien, très bien même. Le grand black s’est excusé mais m’a fait une leçon de morale ensuite. L’inconnu avait disparu. Tant pis. J’avais eu ma réponse de toute façon. Et la vieille dame s’était acheté une montre pour se remettre de cette aventure.

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