dimanche 13 novembre 2011

Encore un Dimanche...


C’est une parenthèse hebdomadaire, le jour du seigneur réservé à dame tristesse ; là où loge le sempiternel ennui, quand la vie baisse et la nostalgie surgit. Les familles pieuses sortent furtivement du nid douillet pour se rendre en processions à l’église, affublées de costumes flétris par mille Dimanches passés, quand des couples se rendent au parc avec les enfants  pour sortir le chien, tourner en rond, se rouler dans les feuilles mortes, pour les glissades sur un vieux toboggan et les clameurs naïves qui se perdent dans l’air du septième jour. Les ancêtres de nos villages s’établissent en des brasseries malodorantes pour passer le temps, vider une pinte ou boire un petit rosé, parler de tout et surtout de rien, faire du sport leur religion. Leurs femmes lasses restent au chaud à la maison dans une retraite presque forcée, canapé, télé, vivement Dimanche prochain. Dans les bleds paumés de France, le football sévit sur des pelouses fatiguées tandis qu’aux alentours, des jeunes pré-pubères fanfaronnent sur un air de Colonel Reyel devant des pétasses de campagne ; les scooters démarrent une ronde d’absurdité sur les parkings vides de supermarchés. Des pères de famille sortent de la boulangerie, une baguette à la main et croisent les poivrons égarés sur le chemin du retour. Tout le monde se connaît. En ville, la foule se divertie au cinéma ; la détresse du Dimanche frappe moins fort. Les cuites de la veille hibernent dans leur lit. Jour de repos peut-être, mais des exceptions s’activent en flamme inextinguibles aux quatre coins des métropoles. Les jeunes amoureux semblent s’être passés le message ; des duos longent la rivière, s’attablent aux terrasses des cafés, cigarette à la bouche et écrivent le futur au conditionnel. Les étudiants se cloitrent dans leurs deux pièces pour se tuer au travail ; cela évite de penser, alors que les doigts romantiques des pianistes payent leur mélancolie par l’apparition de mélodies belles mais malheureuses, par lesquelles l’absence de gaieté se sent, cette stupide adolescente qui a encore fait le mur. Le dernier jour d’une semaine, on le devine ; il est à la fois la terre promise des gens actifs et le trop long instant de passivité des rêveurs, déjà affligés par la grisaille du mois de Novembre,  seuil d’un hivernal désert duquel les écharpes seront reines.

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