A chaque fois que je vais au cinéma, je prends un coup
sur la tête. Pourquoi ? Parce que j’ai constamment tendance à oublier l’effet produit par cette expérience sur moi aux occasions spéciales, lorsque je vois un bon
film. Cependant elle ne tarde pas à me le rappeler ; quand le générique de fin défile sur l’écran,
je suis sans arrêt abasourdi par la puissance de cet art. Malheureusement,
près de moi, il y a toujours quelqu’un pour tout gâcher, pour se lever en quatrième vitesse alors
que les lumières sont toujours éteintes ou encore pour remettre sa veste (comme
s’il n’attendait que ça depuis le début). C’est exaspérant. Le pire est sans nul
doute celui qui se met à me parler du film au creux de l’oreille alors que je n’en
suis toujours pas sorti, alors que je survole encore une autre dimension (ce
qui constitue une des expériences les plus personnelles qui soient) et l’autre
essaie de me voler ce moment. Silence ! Ça tourne encore et je ne peux me
lever sans emporter avec moi au dehors un des personnages du film qui s’est
glissé à l’intérieur de manière impromptue. Sur moi, le cinéma a cette réaction :
il me rend acteur. Je suis un biais grâce auquel les personnages survivent
quelques minutes après la fin du film, le temps de se redresser, de marcher
jusqu’à la porte double, de suivre la foule à tâtons sur la moquette rouge, de
sortir du cinéma, de rentrer dans la voiture ou de marcher dans la rue, de parler du film, puis de parler d’autre
chose et c’est fini... ou pas. Il est des films qui vous possèdent des heures
durant, des jours même. Cette schizophrénie du septième art ne me rend à
moi-même que lorsqu’elle est essoufflée de trop courir dans ce monde sans début
et sans fin et qu’elle décide de s’en retourner dans le film, rassurée. Alors
je ne me souviens plus de rien, l’aspect génial de ce passetemps populaire m’est
caché en partie jusqu’à mon prochain chef d’œuvre.

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