Égaré dans le futur d'hier et le passé de demain, sans trouver lieu qui accaparerait mon attention, je passe mon chemin. Silence des villes en fin de semaine je t'implore de naître pour que disparaisse à jamais les futiles criailleries de mes compatriotes dégénérés. Tout cela est un appel lancé au loin par-dessus les toitures délabrées mais les gouttes d'une pluie fine interceptent ce désespoir mort-né. La ville est lumière artificielle, un bordel insupportable pour un jeune homme caractériel et très peu mondain. Poursuivi par des ombres fugaces, agacé par ces silhouettes vert kaki noires qui somment une générosité trop rare d'apparaître pour qu'enfin argent se révèle dans leurs chapeaux miteux. Problème inconnu lorsque les douces vanités du monde sont nôtres et de jours en jours réapparaissent multipliées au seuil de notre maison. Les attraits de la ville contemporaine nous sont donnés à chaque coin de rue. Une défécation animale attend patiemment tout le jour qu'une âme un peu rêveuse apparaisse au loin, s'approche la tête dans les nuages et les pieds là où il ne faut pas pour ensuite être condamné, faute d'un coin d'herbe ou de toute autre astuce, à porter sur soi l'indicible odeur, la nauséeuse fragrance qu'un maître, également rêveur ou complètement abruti a omis de ramasser avec plaisir et amour pour sa bête. Je ne lève jamais les yeux au ciel en ville, je regarde toujours par terre, je n'apprécie pas d'être surpris. Les moyens de transports sont aussi très moyens. J'admets évidemment ma profonde ingratitude en réagissant de la sorte car sans ces inventions citadines la vie serait encore bien pire ! Exagérer semble la caractéristique principale du citoyen moyen je le conçois, bien que j'aie des réserves sur le fait de me considérer comme citadin et encore davantage moyen. Les chauffeurs de Tramway placés l'un après l'autre sur les rails sont un rêve qui parcoure souvent mes nuits. Alors je peux me venger de n'être qu'un corps balancé au gré des freinages d'urgence de ces pilotes peu farouches. Et quand on peut s'asseoir...cela n'arrive pas. J'en appelle maintenant aux malades, aux maniaques, aux automysophobes, bacillophobes, agoraphobes, claustrophobes, scopophobes etc. car le tramway est forcément un de vos pires cauchemars. Sans cesse forcé de poser ses mains sur une barre pour le moins douteuse, contraint de poser ses fesses sur un siège habité par des colonies d'acariens, tenté de poser ses yeux sur des gens !!!! Enfin quand la machine s'arrête et que les portes s'ouvrent pour laisser entrer foules d'êtres humains désireux de se rendre je ne sais où, on pourrait analogiquement rapprocher cela d'une cohorte de zombies se jetant sur les entrées du tramway pour dévorer, si ce n'est notre chair, au moins le peu de place qui nous appartient dans ce beau lieu de confinement et de villégiature nimbé d'agacement. Quand il n'y a plus de place, le tramway soudain doté d'une âme éjecte lui-même quelques occupants mal venus, j'en ai déjà fait les frais, c'est une impression d'abandon universel, comme si l'univers entier ne voulait plus de vous et vous recrachait au dehors, sous une pluie battante, obligé de se reprendre sous un arrêt de tram, triste. Les heures de pointe portent bien leur nom, elles ne laissent peu de chances de s'en sortir indemne. Dans cet enfer mouvant qui serpente la ville en long et en large il persiste pourtant des moments de pure félicité. Ces moments je ne fais que vous les rappeler ; ils sont rares mais se savourent. Personne nulle part, de quoi se tenir sans vraiment se tenir, c'est-à-dire de quoi garder ses mains vierges de tout affront bactérien. Il n'y a qu'une chose qui ne change jamais et qui n'attire pas mon courroux d'étudiant fatigué à ne rien faire : c'est la voix du tramway. On pourrait penser, en ayant un petit peu d'imagination qu'une voix de femme humaine aurait été enregistrée pour prêter au tram un son familier qui donnerait confiance à ses occupants, mais ce serait aller trop loin. Le mystère est à garder mais cette voix, c'est toujours un plaisir partagé que de l'entendre. Tant d'autres aspects agréables de la ville d'aujourd'hui sont à mettre à jour mais il faudrait des pages et des pages pour cracher à la face du monde ces vérités incongrues.
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