jeudi 29 décembre 2011

30 Décembre, 22H36...


30 Décembre, 22h36 au centre d’un petit village français. Un jeune homme propre sur lui, bien rasé, coiffé à la brosse, petit pull, belle chemise, pantalon en velours gris foncé, mocassins d’argent et dents blanches se tient bien droit sur le toit d’une vieille cabine téléphonique. Que regarde-t-il ? L’horizon, les étoiles voilées par un groupe de nuage belliqueux, les toits des maisons banales ? Personne d’autre que lui aux alentours. Juste une chouette ou deux. Les lumières d’un Noël désormais passé font toujours briller un bourg soumis le reste de l’année à une obscurité quasi-totale, passé minuit. Les quelques cris qui s’échappent des buissons environnant cette ruralité persistante ne troublent aucunement notre homme. Du point de vue où nous l’observons, ce jeune aux airs de marquis ne souffre pas de la froideur qui l’attaque constamment au moyen de picotements désagréables sur la surface de sa peau de jouvenceau. Oui, il a dix-huit ans à peine. Sa mère, sans doute le recherche ardemment au cœur de la nuit, avançant sans relâche et contre le monde entier, malgré les coups de fouet que lui assènent les branches d’arbres d’une forêt vicieuse sans le cacher. Son père, à la maison, affalé sur un canapé confortable reste scotché contre vents et marées devant un Patrick Sabatier au meilleur de sa forme malgré tant d’années de petit écran. Il est tout fier de sa femme qui a gagné le concours de la plus belle maison éclairée pour Noël. Le maire lui a remis un lot de truffes chocolatées pour l’occasion. Quel bonheur ! Quelle reconnaissance !  Il n’y a rien d’autre que ces futilités à l’intérieur de ce bonhomme rongé par son métier de charpentier. Le fils aime beaucoup ses parents mais dans son regard, quelque grandeur déterminante dépasse de loin tout cela. Il s’apprête à parler. Il ne parlera que pour le vide ou pour des êtres invisibles. C’est ce que les chouettes doivent penser. « L’heure a sonné, où toute velléité habitant ton cœur doit laisser place à un nouveau locataire : la détermination, la résolution, l’acharnement. N’entre pas dans 2012 comme un semeur étranger à sa terre, qui ne récolte jamais son fruit.  Si tu désires, désire vraiment ! Ne projette pas dans le vide comme une pauvre femme alcoolique qui jure de changer son monde dès le lendemain matin par de beaux fabliaux lancés à la face des clients du bar dans lequel elle crèche. Ne sois pas seulement le scénariste de ta vie, car il est simple de parler ou d’écrire pour les autres. Sois l’acteur principal, pour toi-même. Ce n’est pas aussi facile, je le conçois mais c’est pourtant ce que tous nomment, à tout va « liberté », sans goûter véritablement au sens de cette jolie paire de lettres. » Personne n’est là pour l’écouter mais il se croit face à une foule de cent mille personnes. Les acclamations sont absentes et les seuls projecteurs qui éclairent le déclamateur  sont les phares de quelques voitures qui passent presque à l’aveuglette dans le coin et qui contiennent des fêtards obstinés à conduire malgré tout. « Ne sois pas statue ! Si tu restes figé, tu finiras brisé à terre par une pression de la main du temps. Tout est possible. Ne sois pas aveugle à cette vérité. Ne passe pas maître en pessimisme. Il n’est qu’invention d’homme malavisé. Il est une fête qui annonce le renouveau et celle-ci sera célébrée dans les heures qui viennent. Amuse-toi, bois la coupe de la vie ! Rends justice à tes désirs les plus fous, ne sois pas minable quand tu peux être grand ! ». Sa mère a trébuché sur une branche, son père a roté son coca. L’écho de sa voix, même quand il semble s’être dissipé enfin, trouve en vérité toujours une portion de vide pour  s’élever encore davantage dans les airs et atteindre peut-être au détour d’un virage de route, dans un fossé assombri par le noir, la conscience d’un être bohème endormi et vidé de tout espoir.  Une vieille dame sort la tête de chez elle parce qu’elle a entendu du bruit, prend bien soin de ne pas faire dépasser ses pieds du paillasson (représentant une tête de chat sur un « bienvenue » somme toute non représentatif du véritable état d’esprit de celle-ci.). Elle ne voit rien. Cela devait être un chat perdu. A vrai dire, le sage garçon est déjà descendu de la boite en ferraille et se dirige peut-être vers une contrée inconnue ou rentre au logis, en direction de sa chambre et de sa banale petite vie en milieu rural. 

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