Cela paraît des siècles, lorsque nous perdions notre
temps, ailleurs que sur Facebook, sur une messagerie instantanée d’antan. Une
photo de profil, faible aperçu de soi que les pouffiasses changeaient tous les
jours, que les autres changeaient au fil des mois. Webcam sous tension :
surprise quotidienne pour les ados sans gêne ; marché de la semaine :
des belles, des thons. Une question
récurrente que lançaient des inconnus(es) derrière leurs écrans : « t’as
une Cam ? », culte du physique, oublie de l’âme. Suppression de
contact à la pelle. Raison ? « Je ne sais même pas comment ils s’appellent ». Après le collège, c’était toujours le même
rituel, toujours le même manège, bonhomme bleu et vert qui tournaient indéfiniment,
connexion mauvaise, la plupart du temps. Un nouveau monde s’offrait à nous,
pâle copie, sociabilité artificielle, bon moyen de ne pas se mouiller, de ne
pas approcher ses pareils. De version en version nous nous enfoncions dans cet
univers, duquel les fautes de français étaient les dignes héritières. Un beau jour d’été «LOL » en fut intronisé
maitre incontestable, plus rien au monde, plus que de vagues cris au loin : « A
table !!!! ». Années après années, heures après heures, la mode est
passée ; LE réseau social, cette divinité nouvelle, allait remplacer MSN
messenger. Peut-être aujourd’hui, il y a encore des gens qui n’ont pas
abandonné ce bunker rassurant. Mais pour les autres, y-a-t-il vraiment une
différence ? On rame en masse vers un gouffre sans fond, maintenant
pour en réchapper, bonne chance !

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